Par La Rédaction | Lementor.net
Près de 16 000 tonnes de déchets ont été collectées lors d’une opération d’enlèvement des ordures à Abidjan. Ce chiffre colossal dit à la fois l’efficacité d’une mobilisation exceptionnelle et l’ampleur d’un problème structurel qui ne se résout pas par des opérations ponctuelles aussi impressionnantes soient-elles.
Seize mille tonnes en une opération. Pour donner une idée de l’échelle, un camion-benne de collecte des ordures ménagères transporte en moyenne entre 10 et 15 tonnes par rotation. Évacuer 16 000 tonnes suppose donc entre 1 000 et 1 600 rotations de camions. Cette mobilisation logistique dit que l’opération a été sérieuse, bien organisée et dotée de moyens importants. Elle dit aussi que la ville accumulait des quantités de déchets d’une ampleur qui dépasse largement la capacité de la collecte régulière habituelle.
Le problème de la gestion des déchets solides à Abidjan est structurel et ancien. La ville produit entre 4 000 et 5 000 tonnes de déchets par jour selon les estimations disponibles. Son système de collecte régulière n’arrive pas à traiter la totalité de cette production, laissant s’accumuler dans les rues, les caniveaux et les espaces publics des volumes de déchets qui obstruent le drainage des eaux pluviales, créent des foyers de maladies et dégradent la qualité de vie des populations. C’est précisément cette accumulation dans les caniveaux qui transforme chaque forte pluie en inondation : les eaux ne peuvent pas s’écouler parce que les réseaux de drainage sont obstrués par les déchets.
Cette opération de collecte exceptionnelle est donc directement liée à la politique de prévention des inondations. Le Groupe Consultatif vient de mobiliser des milliards pour les infrastructures du PND. Mais les caniveaux propres et les ordures collectées régulièrement sont l’infrastructure la plus élémentaire et la moins coûteuse qui permet d’éviter les morts par inondation. Chaque tonne de déchets non collectée est un risque potentiel pour une famille qui vit en aval d’un caniveau obstrué. Les 59 morts des inondations du 29 juin méritent au moins qu’on tire cette leçon simple.
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