Par La Redaction | Lementor.net
La Société Ivoirienne de Raffinage a tranché. Selon les informations publiées par Jeune Afrique le 10 juillet 2026 et confirmées par plusieurs sources ivoiriennes, la future deuxième raffinerie de la Côte d’Ivoire, baptisée SIR 2, sera implantée à San Pedro, la grande ville portuaire du Sud-Ouest. Ce choix, présenté comme définitif sauf ultime rebondissement, met fin à une longue période d’arbitrage entre deux options géographiques, Abidjan et San Pedro, qui avait tenu en haleine les milieux pétroliers et industriels ivoiriens pendant plusieurs mois.
Ce choix n’est pas anodin. Il dit une vision stratégique qui dépasse le seul projet de raffinage. San Pedro est le deuxième port de Côte d’Ivoire et le premier port mondial d’exportation de cacao. Son plan d’entreprise 2024-2026 est exécuté à plus de 65 %, avec des chantiers structurants en cours sur les infrastructures portuaires, les voies d’accès et les zones industrielles. La Cité portuaire Hilaire Lamizana est en construction. Un terminal dédié au traitement de ciment et de minerais comme le nickel est en développement. Implanter la SIR 2 dans cet écosystème en pleine expansion, c’est créer un cluster industriel dans le sud-ouest ivoirien qui combinera pétrole, cacao, minerais et logistique portuaire dans une même zone géographique.
La SIR, créée le 3 octobre 1962, est le premier groupe public actif sur le marché de l’approvisionnement en carburants en Côte d’Ivoire et dans la sous-région. Elle assure le raffinage du pétrole brut et la distribution de produits pétroliers non seulement pour le marché ivoirien mais aussi pour plusieurs pays enclavés de l’hinterland. Sa capacité de production actuelle, avec un taux d’utilisation autour de 73 % en 2024, doit être portée à 10 millions de tonnes de pétrole brut par an pour répondre à l’évolution de la demande énergétique locale et régionale. Cette ambition est le moteur direct du projet SIR 2.
Le contexte géopolitique et énergétique mondial a accéléré la décision. Les tensions sur les approvisionnements liées à la crise du détroit d’Ormuz en 2025 ont mis en lumière la vulnérabilité d’une économie comme celle de la Côte d’Ivoire dont la croissance dépasse 6 % annuellement mais dont la capacité de raffinage locale reste insuffisante pour sécuriser ses approvisionnements en produits pétroliers. Et avec le champ pétrolier offshore Baleine qui monte en puissance, avec ses projections de 500 000 barils par jour à l’horizon 2030, et la découverte récente du puits Bubale-1X sur le bloc CI-709, la Côte d’Ivoire dispose désormais des ressources en pétrole brut pour alimenter une deuxième raffinerie.
La SIR 2 à San Pedro est donc la pièce maîtresse qui permettrait à la Côte d’Ivoire de transformer son pétrole brut chez elle plutôt que de l’exporter pour importer ensuite des produits raffinés. C’est précisément le type de remontée de chaîne de valeur que la BAD appelle de ses vœux pour l’ensemble des matières premières africaines. Ce qui vaut pour le cacao, le caoutchouc et les minéraux critiques vaut aussi pour le pétrole.
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