Par La Redaction | Lementor.net
La Côte d’Ivoire renforce son dispositif de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Cette information, discrète dans sa formulation institutionnelle, dit en réalité l’urgence d’une menace sanitaire que l’Organisation mondiale de la Santé classe parmi les dix plus grandes menaces pour la santé publique mondiale, souvent reléguée derrière les épidémies spectaculaires mais tout aussi mortelle dans ses effets de long terme.
La résistance aux antimicrobiens, désignée par le sigle RAM dans le vocabulaire médical, est le phénomène par lequel des bactéries, des virus, des champignons et des parasites évoluent au point de ne plus répondre aux médicaments qui les combattaient efficacement. Les antibiotiques, antiviraux, antifongiques et antiparasitaires perdent leur efficacité parce que les micro-organismes qu’ils ciblaient ont développé des mécanismes de résistance. Le résultat : des infections autrefois simples à traiter deviennent incurables. Des interventions chirurgicales, des accouchements, des traitements contre le cancer, des soins intensifs, toutes ces procédures médicales qui dépendent d’une protection antibiotique efficace deviennent dangereuses quand les antibiotiques ne fonctionnent plus.
En Afrique, et en Côte d’Ivoire spécifiquement, plusieurs facteurs aggravent ce risque. L’automédication aux antibiotiques, pratique très répandue dans les ménages qui achètent des antibiotiques en pharmacie sans ordonnance et les consomment de façon incomplète ou inadaptée, est l’un des premiers vecteurs de résistance. L’usage massif d’antibiotiques dans l’élevage, pour accélérer la croissance des animaux et prévenir les maladies dans des conditions d’élevage intensif, constitue un deuxième vecteur. Et les déficiences dans les systèmes de surveillance épidémiologique, qui permettent de détecter l’émergence de souches résistantes avant qu’elles ne se propagent, constituent le troisième facteur de vulnérabilité.
Le renforcement du dispositif ivoirien contre la RAM s’inscrit dans un Plan d’Action National sur la Résistance aux Antimicrobiens dont la mise en œuvre implique les ministères de la Santé, de l’Agriculture, de l’Environnement et des Ressources animales dans une approche dite One Health qui reconnaît l’interdépendance entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes. Cette approche globale est exactement ce qu’exige un problème dont les origines sont multisectorielles. On ne peut pas résoudre la résistance aux antimicrobiens en travaillant seulement dans les hôpitaux si les élevages continuent de nourrir leurs animaux aux antibiotiques et si les antibiotiques continuent de se vendre sans ordonnance dans les marchés.
Ce renforcement intervient dans un contexte sanitaire ivoirien en pleine transformation. La Couverture Maladie Universelle atteint désormais 23 millions de bénéficiaires. Le système de santé ivoirien gagne en capacité et en ambition. Mais cette montée en puissance du système de santé n’a de sens que si les outils dont il dispose pour traiter les infections restent efficaces. Un hôpital bien équipé qui ne dispose plus d’antibiotiques fonctionnels est un hôpital désarmé face aux infections les plus banales. Renforcer le dispositif anti-RAM, c’est protéger l’investissement que la Côte d’Ivoire fait dans sa santé publique contre une menace qui pourrait le rendre obsolète en quelques décennies si elle n’est pas contenue dès maintenant.
Leave a comment