Par La Rédaction | Lementor.net
Ce lundi 13 juillet 2026, aux environs de 11 heures 30, un autocar de transport de voyageurs de la compagnie Diarra Transport assurant la liaison Odienné-Yamoussoukro s’est accidenté sur le pont Bafing, sur l’axe Touba-Biankouma, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Le véhicule a fait une sortie de route avant de plonger dans le fleuve. Il transportait 69 personnes, équipage compris. Le bilan officiel communiqué par le ministère des Transports et des Affaires maritimes fait état de 24 morts, 36 blessés et 9 personnes encore portées disparues en fin de journée. Les opérations de recherche se poursuivent.
C’est le pire accident de la route enregistré en Côte d’Ivoire depuis le début de l’année 2026. Il surpasse en nombre de victimes les drames routiers des mois précédents et s’inscrit dans une séquence macabre qui dit l’état réel de la sécurité routière sur les grands axes interurbains ivoiriens. En 2026, durant les six premières semaines de l’année seulement, 164 morts avaient déjà été enregistrés sur les routes du pays. Ce bilan du pont Bafing vient aggraver un chiffre annuel qui s’annonce parmi les plus lourds de la décennie.
Les premiers éléments disponibles permettent de reconstituer le déroulement du drame. L’accident s’est produit au niveau du village de Bafingdala, situé à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Touba, dans la localité de Zouzousso 3, en pleine région du Bafing. Le pont Bafing est un ouvrage de franchissement sur lequel l’axe Touba-Biankouma est particulièrement vulnérable : la chaussée est étroite, les glissières de sécurité insuffisantes, et la saison des pluies en cours rend le revêtement plus glissant. Les pompiers civils du Bafing et les équipes de l’Office national de la protection civile ont été rapidement alertés et sont intervenus pour secourir les victimes. Les blessés ont été évacués vers l’Établissement public hospitalier régional de Touba et l’hôpital général de Biankouma.
Le ministre des Transports et des Affaires maritimes a présenté au nom du gouvernement ses condoléances aux familles des victimes et a instruit le Bureau Enquête Analyse Accident ainsi que les directeurs régionaux des Transports du Tonkpi et du Bafing de se rendre immédiatement sur les lieux. Une enquête administrative et technique a été ouverte pour déterminer les circonstances exactes de l’accident. Cette enquête devra établir si la sortie de route était liée à la vitesse excessive, à un problème mécanique du véhicule, à l’état de la chaussée ou à la fatigue du conducteur.
Ces quatre facteurs sont précisément ceux qui reviennent dans la quasi-totalité des accidents graves sur les axes routiers ivoiriens. Sur les grands axes interurbains, environ 95 % des accidents sont attribués à des comportements humains : excès de vitesse, dépassements dangereux, non-respect des distances de sécurité, conduite sous l’emprise de l’alcool et fatigue des conducteurs de longue distance. L’état technique des véhicules constitue le second facteur aggravant, avec des cas récurrents d’éclatement de pneus, de défaillances de freinage et de surcharge dans le transport en commun. La saison des pluies, avec ses chaussées glissantes et ses zones de brouillard matinal dans les régions de montagne comme le Bafing, aggrave encore ces risques.
Le ministère des Transports avait durci en 2026 son opération Tolérance Zéro, combinant contrôles renforcés du permis de conduire, de la visite technique et des sanctions plus sévères. Ces mesures n’ont pas empêché 24 familles de perdre un des leurs ce lundi sur le pont Bafing. Ce constat dit que la politique de tolérance zéro, nécessaire dans son principe, est insuffisante dans son exécution si elle ne s’accompagne pas d’un contrôle systématique des véhicules de transport en commun avant chaque départ, d’une limitation effective de la durée de conduite des chauffeurs de longue distance, et d’une mise aux normes des ouvrages d’art sur les axes à fort trafic interurbain.
L’axe Touba-Biankouma-Odienné est l’une des liaisons les plus fréquentées du nord-ouest ivoirien, région enclavée dont les populations dépendent massivement du transport en commun pour leurs déplacements vers Abidjan et Yamoussoukro. C’est aussi l’une des liaisons les moins entretenues, avec des tronçons dégradés, des ponts vieillissants et une signalisation insuffisante. Le PND 2026-2030 qui vient de mobiliser 47 820 milliards de FCFA en engagements lors du groupe consultatif international doit traiter les infrastructures routières de l’intérieur du pays avec la même priorité que les autoroutes et les échangeurs qui font la vitrine d’Abidjan. Vingt-quatre morts sur le pont Bafing méritent au moins cette promesse.
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