Par La Rédaction | Lementor.net
La Fédération tunisienne de football a vécu ce dimanche et ce lundi l’une des séquences les plus mouvementées de son histoire footballistique récente. Cinq buts encaissés face à la Suède dimanche soir. Limogeage de Sabri Lamouchi lundi matin. Nomination d’Hervé Renard lundi soir. En moins de vingt-quatre heures, les Aigles de Carthage ont changé de capitaine en pleine tempête, avec deux matches restants pour tenter de survivre dans un groupe F devenu particulièrement hostile.
La défaite cinq buts à un contre la Suède ne dit pas seulement qu’on a perdu. Elle dit qu’on a été dominé dans tous les compartiments du jeu, que la défense a été exposée à répétition sans jamais trouver la réponse, et que le plan de jeu de Lamouchi n’a jamais fonctionné. Non pas face à l’Espagne ou à l’Argentine, mais face à la Suède, nation sérieuse mais accessible, absente des grandes finales mondiales depuis des décennies. Mejbri, l’ ex ailier de Manchester United, a été cité par les observateurs comme le seul rescapé d’une soirée que le football tunisien voudra oublier au plus vite.
Sabri Lamouchi avait été nommé en janvier 2026, soit à peine cinq mois avant le début du tournoi. Ce délai insuffisant pour construire une véritable cohérence collective n’avait pas permis au technicien franco-tunisien d’imprimer sa marque sur un groupe dont les limites ont été mises à nu par les Suédois. Après la rencontre, il avait lui-même reconnu les difficultés et les nombreuses corrections à apporter. La Fédération n’a pas attendu davantage. Le limogeage est intervenu dans les heures suivant la rencontre, avec la rapidité d’une institution qui mesure l’écart entre les ambitions d’une qualification record, vingt-huit points et meilleure campagne de qualifications de l’histoire tunisienne, et la réalité brutale du terrain.
Ce qui aurait pu ressembler à une décision prise dans la panique s’est transformé en quelques heures en un pari audacieux. La Fédération tunisienne a frappé fort et vite : Hervé Renard. Le technicien français, dont la réputation sur le continent africain n’est plus à construire, prend officiellement les rênes de la sélection ce mardi 16 juin. Renard rencontrera les médias au centre technique de la sélection avant de diriger sa première séance d’entraînement. Son engagement couvre la période restante du tournoi mondial, avec la possibilité d’ouvrir des discussions pour une prolongation en fonction des résultats obtenus.
Pour comprendre ce que représente ce nom dans le football africain, il faut rappeler un fait qui reste unique dans l’histoire du football continental. Hervé Renard est le seul entraîneur à avoir remporté la Coupe d’Afrique des Nations avec deux nations différentes. La Zambie d’abord, en 2012, dans ce qui reste l’un des exploits les plus improbables du football africain moderne. La Côte d’Ivoire ensuite, en 2015, en Guinée équatoriale, avec un titre décroché aux tirs au but contre le Ghana dans une finale d’une intensité rare. Deux titres, deux pays différents, deux projets construits sur des fondations culturelles et footballistiques distinctes. Cette capacité à s’adapter, à comprendre les réalités humaines et sportives de contextes différents, est précisément ce que la Tunisie cherche en lui dans l’urgence.
La connexion ivoirienne de cette histoire mérite d’être soulignée. Sabri Lamouchi, le sélectionneur limogé, avait lui-même dirigé les Éléphants entre 2012 et 2014, conduisant la sélection aux quarts de finale de la CAN 2013 et décrochant la qualification pour le Mondial brésilien. Hervé Renard, qui lui succède en Tunisie, avait pris le relais en Côte d’Ivoire après ce Mondial 2014 pour offrir aux Ivoiriens ce titre continental de 2015 qui avait libéré toute une nation. Ces deux hommes se sont succédé sur le banc des Éléphants. Ils se succèdent aujourd’hui sur le banc tunisien dans des circonstances radicalement différentes.
La première mission de Renard sera de préparer le match contre le Japon, premier rendez-vous décisif pour les Tunisiens qui jouent déjà une grande partie de leurs chances de qualification. Les Japonais avaient partagé les points avec les Pays-Bas deux buts à deux lors de la première journée, ce qui signifie qu’ils sont aussi en quête de leur première victoire. Ce match est donc, sur le papier, prenable. Mais gagner un match de Coupe du monde après une déroute de cinq buts à un, avec un entraîneur qui vient d’arriver et qui n’a eu qu’une séance d’entraînement pour préparer son équipe, est un défi d’une complexité qui va bien au-delà des considérations tactiques.
Car le vrai problème n’est pas tactique. Il est mental. Une équipe qui encaisse cinq buts au premier match d’une Coupe du monde ne souffre pas seulement d’une mauvaise organisation défensive. Elle souffre d’une perte de confiance, d’une incapacité à produire sous pression le niveau de jeu qu’elle est capable d’atteindre en conditions normales. Reconstruire ce socle psychologique en quelques jours, dans un contexte de limogeage et d’élimination quasi certaine sur le papier, est un défi humain que Renard connaît mieux que quiconque pour l’avoir traversé en sens inverse avec les équipes qu’il a sorties de situations difficiles.
C’est précisément pour ça que son nom a été choisi. Pas seulement pour son palmarès continental, impressionnant. Mais pour cette capacité, documentée et reconnue, à entrer dans un vestiaire abîmé et à y remettre de la fierté, de la conviction et de l’organisation là où il n’y avait que doute et désillusion. En 2012, il avait conduit la Zambie au titre de champion d’Afrique avec un groupe que personne ne donnait favori. En 2015, il avait libéré une Côte d’Ivoire qui portait depuis vingt-trois ans le poids d’un titre continental qui lui échappait. Ces deux histoires sont des histoires de résurrection autant que de victoire.
Avec deux matches à disputer, la marge est étroite. La Tunisie a besoin de quatre points au minimum pour espérer se qualifier parmi les meilleurs troisièmes. Dans un Mondial à 48 équipes où les calculs sont plus complexes qu’avant, rien n’est mathématiquement fermé. Mais tout dépend de ce que Renard parviendra à faire en quelques heures d’un groupe qui a besoin d’entendre les bonnes paroles, de retrouver le bon état d’esprit et de croire à nouveau qu’un résultat est possible.
L’effet Renard, pour être réel, devra être immédiat. C’est la règle des compétitions à élimination : il n’y a pas de temps pour construire. Il n’y a que du temps pour réagir.
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