Par La Rédaction | Lementor.net
Ce lundi 15 juin 2026, pendant que les Ivoiriens célébraient encore la victoire des Éléphants contre l’Équateur, une autre génération entrait en scène dans 549 centres de composition répartis sur l’ensemble du territoire national. Les épreuves écrites du baccalauréat session 2026 ont débuté ce matin avec 329 372 candidats, dont 303 625 en enseignement général, 25 150 en filière technique et 597 en filière artistique. Pour des dizaines de milliers de familles ivoiriennes, ce lundi est doublement chargé d’une tension particulière : le soulagement de la victoire footballistique d’un côté, et l’attente fébrile des résultats d’examens qui conditionneront l’avenir de leurs enfants de l’autre.
Le coup d’envoi officiel a été donné au lycée Hamed Bakayoko d’Abobo par le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, Dr N’Guessan Koffi, en présence de plusieurs membres du gouvernement. Le choix de ce lycée d’Abobo, l’une des communes les plus populaires et les plus denses d’Abidjan, n’est pas anodin. Il dit que cet examen est celui de tous les Ivoiriens, pas seulement de ceux qui ont accès aux établissements réputés des quartiers résidentiels.
S’adressant aux candidats, le ministre N’Guessan Koffi a rappelé une vérité simple mais fondamentale : la réussite repose avant tout sur l’effort individuel. Il a exhorté les élèves à s’appuyer uniquement sur leurs acquis scolaires et leur préparation personnelle, assurant que l’ensemble des mesures administratives, logistiques et sécuritaires avaient été mises en place pour garantir un déroulement serein des compositions. À la suite de la cérémonie d’Abobo, une délégation gouvernementale conduite par le ministre et accompagnée de ses collègues de l’Enseignement supérieur, Adama Diawara, de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, et de l’Enseignement technique, Jean-Louis Moulot, a effectué une tournée dans plusieurs établissements d’Abidjan. Les équipes ont notamment visité le lycée technique de Cocody, le lycée classique d’Abidjan et le Groupe scolaire Emmanuel-Dioulo du Plateau, qui accueille des candidats en situation de handicap. Cette dernière visite mérite d’être soulignée : elle dit que l’examen national ne peut pas être équitable si certains candidats n’ont pas les conditions matérielles nécessaires pour y participer dans la dignité.
Ce qui distingue fondamentalement le baccalauréat 2026 de ses prédécesseurs, c’est l’ampleur du dispositif technologique mis en place pour en garantir la crédibilité. L’État ivoirien a déployé, en partenariat avec le groupe technologique chinois Huawei dans le cadre du programme Éducation numérique piloté par la Direction des Technologies et des Systèmes d’Information, un arsenal numérique de surveillance qui change profondément la nature des épreuves nationales en Côte d’Ivoire. Depuis 2022, ce programme a permis l’installation de plus de mille caméras de surveillance dans les établissements, la mise en place d’un réseau numérique interconnecté entre les centres et l’ouverture d’un centre national de données permettant un suivi en temps réel de l’ensemble des centres de composition. Le dispositif, initialement centré sur Abidjan, s’étend désormais à dix grandes villes du pays, dont Yamoussoukro, Bouaké, Korhogo, San-Pedro et Daloa.
Lors du BEPC 2026 qui s’est tenu quelques semaines plus tôt, plus de 600 000 candidats avaient déjà été suivis en temps réel grâce à ce système, permettant la détection rapide des incidents et une meilleure gestion des situations sur le terrain. Le même dispositif est reconduit pour le BAC, concernant cette fois plus de 300 000 candidats. Ces chiffres donnent une mesure de ce que représente concrètement cette infrastructure numérique : une capacité de surveillance en temps réel d’une ampleur que peu de pays africains peuvent revendiquer pour leurs examens nationaux.
La lutte contre la fraude est au cœur de ce dispositif, et ce combat mérite d’être replacé dans son contexte. Le baccalauréat ivoirien a souffert pendant des années de la perception, largement répandue dans l’opinion publique et parmi les employeurs, que le diplôme ne reflétait pas toujours le niveau réel de son titulaire. Les cas de fraude organisée, de substitution de candidats, de fuite de sujets et de corruption des surveillants avaient terni l’image d’un examen qui devrait être le sésame méritocratique d’une génération. Chaque Ivoirien qui a réussi son baccalauréat honnêtement a été pénalisé par la suspicion généralisée qui pesait sur l’ensemble de la promotion. Restaurer la crédibilité du diplôme, c’est donc rendre justice aux vrais méritants autant que punir les fraudeurs.
Le ministre Adama Diawara, depuis l’Enseignement supérieur, a rappelé que les universités ivoiriennes disposent des capacités nécessaires pour accueillir les nouveaux bacheliers. Il a souligné que l’État mobilise chaque année entre 40 et 45 milliards de FCFA pour la prise en charge des étudiants orientés vers les établissements privés agréés. Ce chiffre dit quelque chose d’essentiel sur l’effort public consenti pour permettre à chaque bachelier d’accéder à l’enseignement supérieur, quel que soit le nombre de lauréats produits par la session. C’est un engagement budgétaire considérable qui traduit la conviction que l’éducation est un investissement national et non une charge.
Les épreuves se poursuivront jusqu’au 19 juin. Les résultats seront proclamés le 6 juillet 2026 à 14 heures. Quatre semaines d’attente pour 329 372 familles. Quatre semaines pendant lesquelles les Éléphants joueront contre l’Allemagne et contre Curaçao, pendant lesquelles la Côte d’Ivoire vibrera entre les deux rendez-vous d’une génération qui mérite de réussir sur tous les terrains.
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