Par La Rédaction | Lementor.net
Ce jeudi 30 juillet 2026 (hier), à Porto-Novo dans les locaux de l’Assemblée nationale, le Bénin a officiellement installé son Sénat. Vingt-cinq membres ont pris place dans la nouvelle chambre haute du Parlement béninois, créée par la révision constitutionnelle adoptée le 14 novembre 2025 et promulguée le 17 décembre 2025 sous la référence loi n°2025-20. Pour la première fois dans son histoire institutionnelle récente, le Bénin se dote d’un Parlement bicaméral.
La cérémonie se tient exceptionnellement dans les locaux de l’Assemblée nationale parce que le siège définitif du Sénat est encore en cours d’aménagement. C’est Joseph Djogbénou, président de l’Assemblée nationale, qui avait annoncé la date le 10 juillet en séance plénière après avoir reçu une correspondance du président de la République Romuald Wadagni datée du 8 juillet. Wadagni avait lui-même été saisi par Nicéphore Dieudonné Soglo, doyen d’âge et membre de droit du futur Sénat, au sujet des dispositions préparatoires à l’installation. Le 25 juillet, les 25 futurs sénateurs s’étaient réunis une dernière fois à l’hôtel Sofitel de Cotonou sous la présidence de Soglo pour boucler les derniers détails avant la cérémonie du 30.
La composition du Sénat dit la nature de l’institution que Wadagni a voulue. Les membres de droit sont les anciens chefs d’État : Nicéphore Dieudonné Soglo, Boni Yayi et Patrice Talon. Cette formule, qui place les anciens présidents dans une chambre de régulation plutôt que de les laisser dans la vie politique partisane ordinaire, dit une philosophie institutionnelle précise : transformer des concurrents potentiels ou des figures de l’ancien régime en garants de la continuité de l’État. Talon, président de 2016 à 2026, qui avait lui-même réformé le paysage politique béninois de façon parfois controversée, siège désormais dans la chambre qui régulera ce qu’il a construit. Parmi les membres désignés figure Paul Hounkpè, ancien adversaire de Wadagni à la présidentielle d’avril 2026. Intégrer un adversaire politique récent dans la chambre haute dit que le Sénat est pensé comme un espace de dépassement des clivages partisans plutôt que comme un instrument de la majorité présidentielle.
Le choix de la date du 30 juillet n’est pas fortuit. En prenant ses fonctions avant les célébrations de l’indépendance du 1er août, le Sénat peut symboliquement figurer dans les festivités nationales et démarrer ses travaux sans temps mort dès la rentrée de septembre. Ce calendrier dit que Wadagni a voulu que cette réforme institutionnelle soit perçue comme un cadeau à la nation à l’occasion de l’anniversaire de son indépendance. C’est une communication politique soignée qui dit que la forme compte autant que le fond dans la construction de l’adhésion populaire à une réforme institutionnelle.
Ce Sénat béninois dit quelque chose de plus profond sur la trajectoire de l’Afrique de l’Ouest francophone en ce mois de juillet 2026. Pendant que le Mali supprime ses partis politiques, que le Burkina Faso dissout ses organisations civiles et que le Niger se retire de la CPI, le Bénin crée une chambre haute, intègre ses anciens présidents dans ses institutions et installe le tout dans la transparence d’une cérémonie officielle annoncée vingt jours à l’avance. Ces deux trajectoires coexistent sur le même continent. Elles disent que l’Afrique de l’Ouest n’est pas une région homogène. Elle est un espace de divergences profondes entre des pays qui construisent leurs institutions et des pays qui les démantèlent. Le Bénin, ce 30 juillet, a clairement choisi son camp.
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