Par La Rédaction | Lementor.net
Les hommes qui gagnent ont toujours deux ennemis. Ceux qui voulaient leur défaite et n’ont pas eu gain de cause. Et ceux qui ont célébré leur victoire et qui, maintenant, attendent de voir si elle était méritée ou accidentelle. Yacine Idriss Diallo connaît les deux depuis le 11 février 2024, nuit où les Éléphants ont soulevé la CAN au stade Alassane Ouattara d’Ebimpé devant cent mille Ivoiriens en transe. Ce soir-là, il était dans la tribune présidentielle avec la certitude que le football ivoirien venait de franchir un seuil. Ce qu’il savait aussi, et qu’il n’a pas dit ce soir-là parce que les soirs de victoire ne sont pas faits pour les vérités inconfortables, c’est que franchir un seuil ne signifie pas l’avoir dépassé définitivement. Cela signifie que le prochain seuil est devant vous. Et que le prochain est toujours plus difficile que le précédent.
Ce samedi 12 septembre 2026, les 149 membres du collège électoral réunis à Yamoussoukro ont tranché. 123 voix pour YID. Un plébiscite net, massif, sans appel. Ce score dit que la confiance placée en lui en 2022 n’a pas été déçue. Il dit aussi que le football ivoirien aborde ce deuxième mandat dans un état d’esprit radicalement différent de celui de 2022 : non plus la reconstruction mais l’ambition. Non plus rassembler pour survivre mais transformer pour durer.
Le programme Transformer pour durer qu’il a soumis au vote de Yamoussoukro dit qu’il a regardé la réalité en face après la fête. Et ce qu’il a vu mérite d’être nommé avec la précision que la situation commande. Le football ivoirien a trois étoiles. Il a un huitième de finale de Coupe du monde. Il a des joueurs au Real Madrid, à l’Olympique de Marseille et dans une quinzaine de championnats professionnels européens. Ces conquêtes sont réelles. Elles sont aussi le point de départ d’une ambition plus haute, pas son aboutissement. Car derrière ces victoires, des questions structurelles demeurent. Les clubs de Ligue 1 sont encore trop dépendants des subventions fédérales. La billetterie numérique reste à généraliser. Les clubs formateurs qui produisent des Yann Diomandé récupèrent une fraction trop faible de la valeur générée par leurs produits en Europe. Ces réalités ne sont pas des échecs. Ce sont des chantiers. Et c’est précisément parce qu’il les nomme avec clarté que YID peut proposer de les résoudre avec ambition.
La grandeur de son programme ne se mesure pas à l’éloquence de ses formulations mais à la précision de ses mécanismes. Il dit que les clubs doivent devenir autonomes et il dit comment : par le Programme FIF Club 2030, les budgets prévisionnels certifiés, les licences renforcées, le développement du sponsoring et des revenus numériques. Il dit que les compétitions doivent générer leurs propres revenus et il dit comment : par FIFTV, la billetterie numérique, la commercialisation professionnelle des droits télévisuels. Il dit que les talents doivent être mieux valorisés et il dit comment : par les mécanismes de solidarité et d’indemnités de formation que trop de clubs ignorent encore. Six transformations articulées en verbes d’action, Autonomiser, Valoriser, Former, Inclure, Garantir, Performer. Six engagements mesurables. Six baromètres du jugement que Yamoussoukro prononcera dans quatre ans.
Ce mandat sera le plus exigeant de l’histoire récente de la FIF précisément parce que les bases sont solides. Quand les fondations tiennent, on peut construire en hauteur. Et construire en hauteur, c’est précisément ce que le football ivoirien mérite après quatre ans de reconstruction méticuleuse. Les États généraux du football de 2027 dessineront la feuille de route. La VAR en Ligue 1 changera la crédibilité des compétitions. La ligue professionnelle féminine ouvrira un nouveau continent sportif. Ces chantiers ne seront pas faciles. Ils seront nécessaires. Et ce samedi à Yamoussoukro, le football ivoirien a dit avec 123 voix qu’il est prêt pour cette hauteur.
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