Par La Rédaction | Lementor.net
Né le 24 janvier 1984 à Nantes de parents ivoiriens, Emerse Faé n’a jamais eu un destin ordinaire. Formé entièrement en France, milieu de terrain technique et intelligent, il commence sa carrière dans les académies nantaises avant de rejoindre le centre de formation du FC Nantes, l’un des plus réputés de l’Hexagone. C’est là qu’il apprend le football. Pas seulement les gestes techniques. La discipline, la rigueur, la lecture du jeu, les exigences d’un vestiaire professionnel. Nantes lui donne tout cela. En 2000-2001, il remporte la Ligue 1 avec les Canaris. En 2001-2002, le Trophée des Champions. Deux titres avant même d’avoir vingt ans. C’est un début qui promet.
Mais avant les titres en club, il y a eu quelque chose d’encore plus précieux. En 2001, Emerse Faé remporte la Coupe du monde U17 avec l’équipe de France des moins de dix-sept ans. Ce titre mondial de jeunesse dit le niveau d’un joueur que beaucoup n’ont jamais vu évoluer sous les feux des projecteurs mais dont ceux qui l’ont côtoyé parlent avec un respect unanime. Il enchaîne avec six sélections en équipe de France Espoirs, aux côtés d’un certain Franck Ribéry, sous la direction de René Girard. Deux trajectoires qui partent du même point et divergent ensuite vers des destinées différentes. Ribéry devient une star mondiale. Faé choisit une autre voie, tout aussi cohérente avec ce qu’il est.
Car en 2005, un assouplissement des règles d’éligibilité de la FIFA lui ouvre une porte que son cœur avait toujours pressenti. Il choisit de défendre les couleurs de la Côte d’Ivoire. Ce choix dit quelque chose d’essentiel sur l’homme. Il aurait pu attendre une convocation de l’équipe de France senior. Il choisit ses racines. Première sélection avec les Éléphants en 2005. Puis la Coupe du monde 2006 en Allemagne avec la génération dorée de Drogba, des frères Touré, de Kalou, de Zokora. Cette génération qui portait le football ivoirien vers ses premières grandes heures mondiales. Emerse Faé est dans cette équipe-là. Il n’en est pas la vedette. Il en est la colonne vertébrale discrète, ce milieu qui travaille pour les autres, qui court quand les autres brillent, qui défend pour que les autres attaquent.
Trois CAN. Quarante-quatre sélections entre 2005 et 2012 pour un but inscrit. Un parcours international digne, solide et engagé. Puis les phlébites à répétition. Deux épisodes. Le deuxième le contraint à raccrocher les crampons le 1er février 2012 à l’OGC Nice où il jouait depuis 2009. Un arrêt contraint et brutal pour un homme qui aurait voulu continuer. Il a trente ans passés. Sa carrière de joueur est terminée plus tôt qu’il ne l’aurait voulu. Ce moment aurait pu le briser. Il en a fait un tremplin.
Ce qui suit dit peut-être encore plus sur l’homme que tout ce qui a précédé. Dès la saison 2012-2013, Emerse Faé intègre le centre de formation de l’OGC Nice pour passer ses diplômes d’entraîneur de football. Pas pour avoir un titre. Pour apprendre. Trois saisons aux côtés d’Alain Wathelet, responsable des U17 Nationaux, avant d’en prendre la tête en 2015. Il est sur le terrain tous les jours avec des gamins de seize ans. Il leur transmet ce que Nantes lui a transmis. La discipline. La lecture du jeu. L’exigence. Titulaire du diplôme d’État supérieur du sport mention Football, il est promu coach des U19 de Nice lors de la saison 2018-2019. Puis la réserve de Clermont. Puis les Éléphants U23. Le chemin du bas vers le haut, pas celui du nom vers le poste. Chaque échelon franchi avec la même méthode : travailler, apprendre, transmettre.
C’est avec cet homme-là, ancien Éléphant dans l’âme, passé par tous les échelons de la formation européenne et africaine, que la FIF fait son choix quand Jean-Louis Gasset démissionne au cœur de la tempête. Les Éléphants venaient de perdre quatre buts à zéro contre la Guinée Équatoriale dans leur propre stade. Troisièmes de leur groupe. Menacés d’élimination à domicile dans une CAN organisée en Côte d’Ivoire. La honte sur le pays entier. La FIF cherche quelqu’un pour éteindre l’incendie. Elle trouve Emerse Faé qui travaillait comme adjoint de Gasset depuis quelques mois. Le 24 janvier 2024, jour de ses quarante ans exactement, il est nommé sélectionneur intérimaire des Éléphants.
Personne ne l’attendait là. Personne ne lui faisait confiance au-delà des prochaines quarante-huit heures. Et lui, en pleine CAN, il s’inscrit pour passer son BEPF, le Brevet d’entraîneur professionnel de football, la plus haute licence d’entraîneur disponible en France. Coach sur le banc pendant la journée, étudiant le soir. Ce détail dit l’homme mieux qu’une biographie entière. La crise ne l’empêche pas d’apprendre. La pression ne l’empêche pas de se former. Il obtient ce diplôme en 2025, pendant qu’il entraîne déjà l’équipe nationale. Parce que pour lui apprendre ne s’arrête jamais.
Ce qu’il fait ensuite en quarante-cinq jours restera dans les annales du football africain. Le Sénégal champion en titre battu aux tirs au but en huitièmes dans un match d’une intensité électrique. Le Mali battu en quarts de finale en prolongation. La RDC écartée en demi-finale dans un match de tous les dangers. Et le 11 février 2024 au Stade Alassane Ouattara d’Ebimpé, devant soixante mille personnes en délire dans leurs propres tribunes, les Éléphants battent le Nigeria deux buts à un et soulèvent la coupe. Champion d’Afrique pour la troisième fois de leur histoire. Dans leur propre pays. Par la porte de derrière. Faé devient le premier entraîneur de l’histoire à remporter une compétition majeure après avoir été nommé en cours de tournoi. Le meilleur entraîneur du tournoi selon le jury de la CAF. Le meilleur entraîneur africain de l’année aux CAF Awards à Marrakech quelques mois plus tard.
Ce qui distinguait Faé dans les vestiaires de cette CAN 2024, ce n’était pas une révolution tactique. C’était une révolution mentale. Il avait grandi dans ces couloirs comme joueur. Il connaissait ces hommes depuis des années. Il leur parlait avec l’autorité de celui qui avait porté le même maillot et la légitimité de celui qui comprenait ce qu’ils traversaient. Dans une équipe qui avait perdu confiance, il a réinstallé la certitude la plus simple qui soit : vous pouvez gagner ce tournoi. Ce message, dit par le bon homme au bon moment dans la bonne langue, a suffi à transformer une équipe qui doutait en une équipe qui croyait.
Confirmé sélectionneur titulaire après le titre, il conduit les Éléphants à travers les Éliminatoires du Mondial 2026. Zéro défaite. Vingt-six points. La qualification scellée lors de la dernière journée en octobre 2025. Une première dans l’histoire du football ivoirien. La CAN 2025 au Maroc se termine en quart de finale contre l’Égypte trois buts à deux. Une déception douloureuse qui nourrit des questions tactiques légitimes sur l’évolution du jeu des Éléphants. Au Mondial 2026 aux États-Unis, une qualification historique pour les huitièmes de finale pour la première fois dans l’histoire du football ivoirien avant l’élimination face à la Norvège de Haaland auteur d’un doublé décisif.
Ce vendredi 31 juillet 2026, la FIF officialise la fin. Le contrat d’Emerse Faé est arrivé à son terme le 31 juillet 2026 et ne fera pas l’objet d’un renouvellement. Yacine Idriss Diallo, président du Comité exécutif, lui exprime la profonde reconnaissance de la FIF pour son engagement, son professionnalisme et les services rendus durant toute la période de sa collaboration. Ces mots officiels sont froids par nature. Ce qu’ils ne peuvent pas dire suffit pourtant à remplir un stade.
Emerse Faé a pris une équipe qui pleurait dans les vestiaires après une humiliation de quatre buts dans son propre stade et l’a conduite sur le toit de l’Afrique. Il l’a fait le jour de ses quarante ans. Il l’a fait avec la formation qu’il avait construite patiemment depuis les U17 de Nice jusqu’aux Éléphants U23. Il l’a fait en finissant son BEPF pendant la compétition parce que pour lui apprendre ne s’arrête jamais. Il l’a fait avec l’humilité de celui qui sait d’où il vient et avec l’ambition de celui qui sait où il veut aller. Ce n’est pas une légende. C’est un fait documenté. Et le 11 février 2024 à Ebimpé restera dans la mémoire collective du football ivoirien bien longtemps après que tous les contrats, tous les communiqués et toutes les conférences de presse auront été oubliés.
Bonne route, coach. Le football ivoirien ne t’oubliera pas.
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