La rédaction | Lementor.net
La session 2026 du Brevet d’études du premier cycle vient de livrer ses résultats, et ils confirment une tendance que le système éducatif ivoirien cultive patiemment depuis plusieurs années : la progression lente mais réelle des performances aux examens nationaux. Sur les 630 075 candidats initialement inscrits, 586 587 ont effectivement pris part aux épreuves. Parmi eux, 306 001 ont obtenu leur diplôme, portant le taux national de réussite à 52,17 %. Un candidat sur deux est admis. Un résultat encourageant qui marque une nouvelle étape dans l’amélioration continue d’un système éducatif qui sort progressivement de ses années difficiles.
La comparaison avec la session précédente dit l’essentiel de ce mouvement. En 2025, le taux national de réussite s’établissait à 51,41 %. L’édition 2026 enregistre une progression de 0,76 point. Ce chiffre peut sembler modeste vu de l’extérieur. Il ne l’est pas. Dans un système qui scolarise des centaines de milliers d’enfants dans des conditions souvent difficiles, avec des disparités géographiques considérables entre Abidjan et les régions les plus reculées, entre les établissements bien équipés et ceux qui fonctionnent dans des salles de classe sans fenêtres ni tables suffisantes, chaque dixième de point gagné sur le taux de réussite représente des milliers d’élèves supplémentaires qui franchissent le cap et des milliers de familles qui voient leurs sacrifices récompensés.
L’un des enseignements les plus significatifs de cette session 2026 est l’équilibre presque parfait entre les performances des garçons et celles des filles. Les garçons affichent un taux de réussite de 52,39 % avec 144 733 admis sur 276 237 candidats présents. Du côté des filles, 161 268 candidates ont obtenu leur diplôme sur 310 350 présentes, soit un taux de succès de 51,96 %. L’écart entre les deux sexes, de l’ordre de 0,43 point en faveur des garçons, est d’une faiblesse qui mérite d’être soulignée. Il y a encore dix ans, cet écart était nettement plus marqué en défaveur des filles, reflet d’inégalités d’accès à l’éducation et de conditions d’apprentissage différenciées selon le genre. Sa quasi-disparition au BEPC 2026 traduit une transformation profonde des dynamiques scolaires, que les résultats du CEPE de la même session avaient déjà confirmée avec un avantage de 86,53 % pour les filles contre 84,98 % pour les garçons.
Ce double signal, des filles qui performent aussi bien voire mieux que les garçons aux examens nationaux, dit quelque chose d’essentiel sur l’évolution de la société ivoirienne. La scolarisation des filles, longtemps freinée par des pesanteurs culturelles dans certaines régions, par des mariages précoces dans d’autres, et par la priorité donnée aux garçons dans les familles aux ressources limitées, progresse. Et quand les filles vont à l’école dans les mêmes conditions que les garçons, elles réussissent au moins aussi bien. La leçon est connue depuis longtemps. Elle mérite d’être répétée chaque fois que les chiffres la confirment.
Avec 306 001 admis, cette cuvée 2026 entre dans le cercle des meilleures performances enregistrées depuis plusieurs années au BEPC. Elle dit que les efforts consentis dans l’encadrement pédagogique, la préparation des candidats et le renforcement du suivi scolaire produisent des effets mesurables. Elle dit aussi que le dispositif numérique de surveillance déployé par la DTSI en partenariat avec Huawei, avec ses mille caméras dans les centres d’examen et son centre national de données permettant un suivi en temps réel, contribue à restaurer la crédibilité des épreuves en réduisant les cas de fraude qui parasitaient les résultats et pénalisaient les vrais méritants.
Mais ces 306 001 lauréats posent immédiatement une question que le ministre de l’Enseignement supérieur Adama Diawara a eu la sagesse d’anticiper dans ses récentes interventions publiques : le système du second cycle est-il prêt à les absorber ? Le BEPC n’est pas un diplôme terminal. Il est un passeport vers le lycée, vers les deux ou trois années qui sépareront ces élèves du baccalauréat. Pour que leur réussite au BEPC se traduise en réussite au BAC, il faut que les lycées existent en nombre suffisant, que les enseignants soient en place, que les manuels scolaires soient disponibles, et que les conditions d’apprentissage dans le second cycle soient à la hauteur des ambitions que ces résultats traduisent.
C’est le défi structurel de l’éducation ivoirienne : le pays fait des progrès réels sur les taux de réussite aux examens, ce qui signifie que de plus en plus d’élèves franchissent les seuils successifs du système. Mais chaque seuil franchi produit une cohorte plus nombreuse qui doit être absorbée par le niveau suivant. Et le niveau suivant n’est pas toujours prêt. La qualité de l’accompagnement pédagogique doit suivre la progression quantitative des admis, sinon le succès au BEPC ne se traduit pas nécessairement en succès au BAC, et le succès au BAC ne se traduit pas nécessairement en succès dans l’enseignement supérieur.
Pour les 306 001 familles ivoiriennes qui ont reçu la nouvelle ce mardi, ces considérations systémiques peuvent attendre. Ce qui compte ce soir, c’est que leur enfant a réussi. C’est que le sacrifice des cahiers achetés à crédit, des cours particuliers financés en coupant ailleurs, des nuits passées à réviser à la bougie quand le courant manquait, a produit son résultat. Et dans un pays qui célèbre depuis dimanche soir la victoire de ses Éléphants à Philadelphie, cette deuxième raison de se féliciter en deux jours dit que la Côte d’Ivoire est capable, quand elle travaille sérieusement, de réussir sur tous les terrains.
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