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Sénégal-FMI : 2,2 milliards de dollars au prix de la restructuration

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Par La Rédaction | Lementor.net

Le 1er septembre 2026, à l’issue d’une mission menée à Dakar du 19 août au 1er septembre, les services du FMI et les autorités sénégalaises ont conclu un accord de niveau technique ouvrant la voie à un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois dans le cadre de la Facilité élargie de crédit. C’est la huitième mission du Fonds depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024. Et c’est la première qui aboutit à un accord après plus de deux ans de négociations parfois houleuses. L’accord doit encore être soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI avant de devenir effectif. Mais il est conclu. Et il a un prix que le gouvernement sénégalais avait longtemps refusé de payer.

Ce prix s’appelle la restructuration de la dette. Selon un communiqué publié le même jour par le ministère sénégalais des Finances, l’État sénégalais s’engage désormais à restructurer sa dette extérieure dans le cadre commun renforcé du G20. Cette concession est majeure pour un gouvernement qui avait, jusqu’ici, systématiquement écarté cette option dans ses communications publiques. La restructuration de la dette dans le cadre commun du G20 signifie que le Sénégal va demander à ses créanciers bilatéraux publics, Chine, France, Arabie Saoudite, Inde et autres membres du G20, de renégocier les conditions de remboursement de leur dettes, en allongeant les maturités ou en réduisant les taux d’intérêt. Cette opération est complexe, longue et politiquement sensible car elle expose publiquement l’incapacité de l’État à honorer ses engagements dans les conditions initialement prévues. C’est pour cela que les gouvernements évitent de l’envisager tant qu’ils peuvent. Le gouvernement d’Al Aminou Lo a accepté de le faire.

Les chiffres qui sous-tendent cet accord disent l’ampleur de la crise financière que le Sénégal traverse depuis 2024. La dette publique avoisine désormais 100 % du produit intérieur brut. Le service de la dette absorbe 23,7 % des recettes de l’État. Fin août 2026, Moody’s a encore dégradé la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2 avec perspective négative, signalant que le pays est dans une zone de stress financier sévère. Les obligations en dollars du Sénégal arrivant à échéance en 2031 sont tombées à un plus bas historique de 50,4 cents pour un dollar le 1er septembre, dit que les marchés ne croyaient plus en la capacité du Sénégal à rembourser sa dette dans les conditions actuelles. Cet accord avec le FMI est une réponse à cette défiance des marchés.

L’origine de cette crise est documentée et remonte à 2024. Après l’élection de Diomaye Faye en mars, le nouveau gouvernement avait commandité un audit des finances publiques qui avait révélé environ 13 milliards de dollars de dette non déclarée accumulée sous l’administration de Macky Sall. Cette découverte avait conduit le FMI à suspendre son programme précédent de 1,85 milliard de dollars conclu en 2023. Privé du soutien des bailleurs institutionnels, le Sénégal s’était alors largement tourné vers le marché régional de l’UEMOA pour se financer, à des coûts plus élevés et sur des maturités plus courtes. Ce recours excessif au marché régional avait accéléré la dégradation des ratios de dette et précipité les dégradations de note successives des agences internationales.

Le nouveau programme de 2,2 milliards de dollars couvre la période 2026-2029. Il sera mis en œuvre dans le cadre de la Facilité élargie de crédit, instrument du FMI conçu pour les pays à faible revenu confrontés à des problèmes structurels de balance des paiements. Il représente environ 475 % du quota du Sénégal auprès de l’institution, un niveau élevé qui dit l’importance de l’engagement du Fonds. Les réformes conditionnant ce programme portent sur la mobilisation des recettes intérieures, la rationalisation des dépenses publiques, la gestion de la dette, le suivi des arriérés, la supervision des entreprises publiques et la transparence budgétaire. Ces conditions ne sont pas nouvelles dans leur nature. Elles reprennent les engagements que le gouvernement aurait dû tenir depuis son arrivée au pouvoir pour éviter la crise actuelle.

Ce que cet accord dit sur la politique de Sonko mérite d’être lu avec attention. Sonko avait reproché à Al Aminou Lo d’avoir capitulé sur la souveraineté économique du Sénégal, citant notamment les négociations sur les Industries chimiques du Sénégal. Il brandissait la motion de censure. Et le 1er septembre, le même jour où la DPG d’Al Aminou Lo ne pouvait pas se tenir pour des raisons procédurales, le gouvernement qu’il menaçait de faire tomber concluait un accord avec le FMI qui dit que la gouvernance économique avance. Cet accord ne règle pas la crise institutionnelle entre Diomaye et Sonko. Mais il dit qu’Al Aminou Lo gouverne. Et qu’il gouverne avec une rigueur que le FMI a reconnue en acceptant de financer le Sénégal après deux ans de brouille.

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