Par La Rédaction | Lementor.net
Le gouvernement a été clair le 22 juillet 2026. Le porte-parole Amadou Coulibaly : toutes les personnalités seront invitées à la fête de l’indépendance comme cela se fait chaque année. Il appartient à chacun d’accepter ou de décliner. Cette formule anodine en apparence dit quelque chose de précis sur la méthode Ouattara : inviter sans forcer, tendre la main sans supplier, laisser l’histoire juger ceux qui refusent.
Les invitations concernent l’ensemble de l’opposition politique ivoirienne. Laurent Gbagbo, président du PPA-CI, réélu à la tête de son parti lors du congrès des 14 et 15 mai 2026. Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA, dont le mandat est contesté en justice avec le verdict attendu demain 30 juillet. Charles Blé Goudé du COJEP. Et d’autres figures de l’opposition ivoirienne.
Ce geste n’est pas spontané. Il sert plusieurs objectifs simultanément. Montrer à la communauté internationale que la Côte d’Ivoire est un pays politiquement apaisé. Envoyer à l’opposition un message sur le terrain qu’Ouattara a choisi pour cette fête nationale : Yopougon, fief historique du soutien à Gbagbo pendant la crise post-électorale de 2010-2011. Organiser la fête nationale dans la commune de l’adversaire le plus emblématique et l’y inviter, c’est une opération de réappropriation symbolique que personne n’a oubliée.
Les réponses reçues à ce stade disent où chaque acteur en est dans son rapport à l’État ivoirien. Le PDCI-RDA a confirmé sa présence. Tidjane Thiam a transmis ses instructions via Dia Houphouët, vice-président du comité d’organisation. Le COJEP de Charles Blé Goudé a répondu par la voix de Joël Poté avec une phrase qui dit tout : aucune couleur politique aussi belle soit-elle n’est plus belle que le drapeau de la Côte d’Ivoire. Blé Goudé, acquitté en appel par la CPI, rentré en Côte d’Ivoire, a fait de la réconciliation son identité politique depuis son retour. Sa présence le 7 août est cohérente.
Le silence du PPA-CI est l’inconnue centrale. Au 29 juillet, le parti de Gbagbo n’a pas encore confirmé sa participation selon les sources disponibles. Ce silence a une logique propre. Gbagbo a construit son retour politique sur un récit précis : le pouvoir actuel l’a empêché de se présenter à la présidentielle d’octobre 2025. Se montrer dans les tribunes aux côtés d’Ouattara, c’est pour une partie de sa base un signal de normalisation avec un pouvoir qu’il a toujours contesté. Mais refuser, c’est contredire le Pacte social du 30 juin dans lequel il appelait au dialogue sans condition préalable.
Ce que cette invitation révèle au fond, c’est que la réconciliation ivoirienne n’est pas encore un fait accompli. Elle est une négociation permanente dont le 7 août à Yopougon sera un épisode parmi d’autres. La présence ou l’absence des opposants dans les tribunes de la fête nationale ne guérira pas les blessures de 2010-2011. Mais elle dira si les acteurs politiques ivoiriens sont capables de partager le drapeau même quand ils ne partagent pas le pouvoir. C’est déjà quelque chose.
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