Par La Rédaction | Lementor.net
La Côte d’Ivoire a dissous sa Commission électorale indépendante le 6 mai 2026. Tout le monde avait réclamé cette dissolution depuis des années. Le PDCI-RDA la demandait depuis 2020. Le PPA-CI en faisait un préalable à toute participation électorale. Les organisations de la société civile la documentaient comme nécessaire depuis les crises post-électorales de 2010 et 2020. Quand le gouvernement l’a finalement actée, une logique s’est déclenchée : la CEI est morte, vive quoi ? C’est cette question que le rapport de forces politique ivoirien est en train de trancher. Et il ne le tranche pas en faveur de l’opposition.
Le 22 juin 2026 à la Primature, Robert Beugré Mambé a présenté aux représentants des partis politiques et de la société civile l’architecture du futur dispositif électoral. Trois organes distincts. Le premier chargé de l’organisation matérielle des élections. Le deuxième du recensement et de la compilation des votes. Le troisième de la supervision et du contrôle de l’ensemble du processus. Cette tripartition dit une chose précise : le gouvernement a retenu la critique centrale qui avait été adressée à la CEI, la concentration de trop de pouvoirs dans une seule institution, et y répond par la division des responsabilités. C’est une réponse architecturalement cohérente. Elle ne répond pas encore à la question qui fâche : qui nommera les membres de ces trois organes ?
C’est là que le bât blesse et que les positions se cristallisent. Le 8 mai 2026, deux jours après la dissolution de la CEI, un groupe d’opposition conduit par Simone Ehivet Gbagbo du MGC, avec les signatures du COJEP, de l’URD, d’Objectif République et d’ICON, ainsi que d’Ahoua Don Mello, avait posé ses conditions dans une déclaration commune. L’indépendance absolue. L’absence de tutelle ministérielle et particulièrement du ministère de l’Intérieur. La composition tripartite entre pouvoir, opposition et société civile. Et une loi organique pour asseoir la légitimité de la nouvelle institution. Ces conditions sont claires. Elles sont légitimes. Et elles se heurtent à une réalité que l’opposition ne veut pas formuler publiquement mais que tout le monde dans les cercles politiques ivoiriens formule en privé : le RHDP a une majorité écrasante à l’Assemblée nationale depuis les législatives de décembre 2025. Toute loi sur le nouvel organe électoral sera votée par une chambre qui compte très peu de voix d’opposition.
Le PDCI-RDA a organisé son panel le 22 juillet 2026 à la Maison du Parti avec le Dr Ousmane Khouma de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et Arsène Konan comme panelistes. Ce panel visait à analyser le modèle sénégalais dont le gouvernement ivoirien se serait inspiré selon la note de convocation. C’est une démarche intellectuellement sérieuse qui dit que le PDCI veut formuler une position argumentée plutôt qu’une posture de refus. Mais ce panel a produit des analyses. Pas des négociations. Et la différence entre analyser et négocier est précisément là où le pouvoir de l’opposition s’arrête.
Siméon Kouadio Konan avait prédit le 17 juillet 2026 que le nouvel organe électoral aura le même résultat que la CEI. Cette prédiction est politiquement compréhensible venant d’un opposant. Elle est analytiquement discutable. La CEI avait un problème précis : sa composition donnait une majorité aux représentants du parti au pouvoir dans ses instances de décision. Si la nouvelle architecture tripartite répartit véritablement les pouvoirs entre trois organes distincts avec des compositions différentes, le problème structurel est au moins partiellement adressé. La vraie question n’est pas le nom de l’institution. C’est les règles de nomination de ses membres et les mécanismes de résolution des conflits entre les trois organes.
Ce que le rapport de forces réel dit à l’opposition ivoirienne est dur mais précis. Le RHDP a gagné les présidentielle et législatives de 2025. Il gouverne avec une majorité parlementaire que l’opposition a contribué à lui offrir en boycottant les législatives pour le PPA-CI et en perdant la moitié de ses sièges pour le PDCI. Cette réalité électorale se traduit en rapport de forces institutionnel : le gouvernement peut passer sa réforme au Parlement sans avoir besoin d’un consensus avec l’opposition. Ce qu’il gagne en incluant l’opposition dans la négociation, c’est la légitimité de son processus électoral pour 2027 et 2030. Ce que l’opposition gagne en participant, c’est une influence sur le contenu de la réforme qu’elle n’aura pas si elle s’en exclut.
Cette équation dit la stratégie rationnelle de chaque acteur. Pour le PDCI, dont le verdict judiciaire du 22 octobre va peser sur tout l’agenda, l’objectif est d’obtenir des garanties minimales sur la composition des organes et les mécanismes de contrôle sans donner l’impression de cautionner un processus dont il ne contrôle pas l’issue. Pour le PPA-CI, dont le vice-président est en détention prolongée et qui n’a pas de siège au Parlement, la marge de manœuvre est encore plus étroite : soit il entre dans la négociation depuis l’extérieur du Parlement, soit il se retrouve face à une loi votée sans lui et devant choisir entre la participer à des élections organisées dans un cadre qu’il n’a pas influencé ou les boycotter encore, au risque de s’exclure durablement du paysage institutionnel ivoirien. C’est la question centrale que le PPA-CI doit résoudre avant fin 2026.
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