Par La Rédaction | Lementor.net
Ce samedi 1er août 2026, le jour même où les nouveaux tarifs des carburants entraient en vigueur, le PPA-CI montait au créneau. La déclaration signée par Jean Gervais Tchéidé, commissaire général du Pacte social chargé du pouvoir d’achat, dit la position du parti de Laurent Gbagbo sans détour : cette hausse constitue une nouvelle atteinte au pouvoir d’achat des ménages ivoiriens. Le PPA-CI affirme qu’en l’espace de trois mois, le litre de super est passé de 820 FCFA à 905 FCFA, soit une hausse de 85 FCFA, et que le gasoil est passé de 655 à 705 FCFA, soit 50 FCFA supplémentaires. Le parti exige la suspension immédiate de cette révision et l’ouverture d’un débat public sur la tarification à la pompe.
Le RHDP a répondu par un communiqué officiel qui commence par corriger les chiffres avancés par l’opposition. Sur le super, la hausse du 1er août est de 30 FCFA et non de 85 FCFA comme l’affirme le PPA-CI. Le super passe de 875 à 905 FCFA. Sur le gasoil, la hausse est de 25 FCFA : il passe de 700 à 725 FCFA. Les 85 FCFA invoqués par le PPA-CI additionnent en réalité deux révisions distinctes, celle de mai et celle d’août. Quant aux prix de 655 puis 705 FCFA attribués au gasoil dans la déclaration du PPA-CI, le RHDP indique qu’ils n’ont figuré dans aucune grille officielle. Cette correction factuelle est documentée et vérifiable. Le PPA-CI a mélangé deux périodes pour gonfler le chiffre de la hausse. C’est une faute de communication que le RHDP a raison de pointer.
Sur les causes, le RHDP est précis et documenté. Depuis le 28 février 2026, le conflit armé au Moyen-Orient a provoqué la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz. Le baril était à 71 dollars en février. Il a culminé à 144 dollars en avril. Aucun pays n’a pu échapper à cette hausse. Le gouvernement ivoirien a maintenu les prix inchangés jusqu’à la fin du mois d’avril, absorbant lui-même le choc initial. Ce n’est qu’ensuite que les ajustements progressifs ont été répercutés à la pompe.
L’argument le plus fort du RHDP est celui de l’effort budgétaire de l’État. Sans l’intervention de l’État, dit le communiqué, le litre de super serait aujourd’hui à 1 120 FCFA et celui de gasoil à 894 FCFA. Sur chaque litre de super, l’automobiliste supporte 30 FCFA quand l’État en supporte 215. Cet effort représente près de 350 milliards de FCFA pour la seule année 2026 et plus de 1 600 milliards depuis 2022. Le gaz butane, combustible des ménages les plus modestes, n’a connu aucune augmentation. Ces chiffres sont précis et vérifiables. Ils disent que le gouvernement subventionne massivement le carburant depuis des années et que sans cette subvention, la hausse ressentie par les ménages serait bien plus lourde.
La comparaison régionale que fait le RHDP est révélatrice. Là où la subvention a été supprimée brutalement dans certains pays de la sous-région, le litre a triplé et l’inflation a dépassé 30 %. Là où les prix ont été gelés par décision autoritaire, les stations se sont vidées et un marché parallèle s’est installé. Le Nigeria et le Ghana ont vécu ces deux scénarios en 2023 et 2024. La Côte d’Ivoire a choisi une troisième voie : ni le choc brutal ni le gel illusoire mais un ajustement progressif accompagné d’une subvention publique substantielle.
Ce que ce débat dit finalement sur la politique énergétique ivoirienne est nuancé. Le PPA-CI a raison sur l’impact ressenti : trois ajustements successifs en quelques mois sur un poste de dépense aussi structurant que le carburant pèsent sur les ménages modestes. Le RHDP a raison sur la mécanique : les chiffres du PPA-CI étaient inexacts et l’effort budgétaire de l’État est réel et documenté. La solution durable, une capacité de raffinage nationale avec la future SIR 2 à San Pedro, ne sera pas opérationnelle avant plusieurs années. D’ici là, ce débat reviendra chaque mois au rythme de chaque nouvelle grille tarifaire.
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