Par La Rédaction | Lementor.net
Le Sénégal s’apprête à soumettre à référendum une réforme constitutionnelle qui prévoit la publication obligatoire des déclarations de patrimoine de toutes les hautes autorités de l’État. Les députés examinent ce mardi 18 août le texte proposé par le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye dans le cadre de la révision de l’article 37 de la Constitution. Si le Parlement adopte le principe du référendum, la question sera soumise au peuple sénégalais dans les prochains mois. C’est l’une des réformes les plus symboliquement chargées de la présidence Diomaye. Elle arrive à sept jours du vote de confiance au gouvernement d’Al Aminou Lo fixé au 25 août. Le timing dit autant que le contenu.
Cette réforme est l’une des promesses de campagne les plus emblématiques de la coalition Yewwi Askan Wi qui avait porté Diomaye Faye au pouvoir en mars 2024 avec 54,28 % des voix dès le premier tour. La transparence sur les patrimoines des dirigeants était au cœur du discours anti-corruption qui avait séduit une majorité de Sénégalais lassés d’une gouvernance perçue comme opaque sous Macky Sall. Des palais, des terrains, des véhicules de luxe, des comptes bancaires dont personne ne connaissait l’existence avaient alimenté pendant des années des rumeurs que l’absence de déclaration obligatoire rendait invérifiables. La promesse de rendre ces déclarations publiques et opposables était une réponse directe à cette frustration populaire. Deux ans après l’élection, cette réforme arrive devant le Parlement.
Le mécanisme constitutionnel choisi est précis et significatif. Modifier l’article 37 de la Constitution pour y inscrire la publication obligatoire des déclarations de patrimoine nécessite une révision constitutionnelle. Au Sénégal, une révision constitutionnelle peut être adoptée soit par le Parlement à la majorité des trois cinquièmes des membres, soit par référendum si le président décide de soumettre la question au peuple. Diomaye Faye a choisi la voie référendaire. Ce choix dit plusieurs choses simultanément. Il dit que le gouvernement n’est pas certain de disposer d’une majorité des trois cinquièmes au Parlement où PASTEF, depuis le limogeage de Sonko, entretient des relations complexes avec l’exécutif. Il dit aussi que le référendum donne à cette réforme une légitimité populaire directe qui dépasse les seuls calculs parlementaires. Et il dit que Diomaye veut associer le peuple sénégalais à une décision qui le concerne directement dans sa relation avec ses dirigeants.
Le timing de cette réforme mérite d’être analysé sans naïveté. Elle arrive à sept jours du vote de confiance au gouvernement d’Al Aminou Lo fixé au 25 août. Cette proximité dit que l’exécutif cherche à montrer qu’il avance sur les réformes de fond même au moment où la guerre institutionnelle entre Diomaye et Sonko atteint son paroxysme. Soumettre une réforme de transparence à référendum dit aux Sénégalais que le gouvernement ne se laisse pas absorber par ses combats internes au point de négliger les engagements de fond qui ont justifié sa victoire électorale. C’est un calcul politique précis autant qu’une conviction démocratique. Les deux peuvent coexister. Ils coexistent ici. Et dans sept jours, PASTEF décidera s’il fait tomber le gouvernement qui vient d’annoncer cette réforme de transparence. L’ironie de cette séquence n’aura pas échappé aux observateurs de la politique sénégalaise.
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