Par DJEDRI N’GORAN | DJEDRI N’GORAN
« Quand un vieillard meurt, c’est une Bibliothèque qui brûle. »
Cette pensée d’Amadou Hampâté Bâ, écrivain, prend aujourd’hui une Résonance Particulière.
Elle dit avec une rare justesse ce que représente la disparition d’un Homme qui aura consacré toute une vie à apprendre, servir, transmettre et porter une mémoire collective.
Avec la disparition du Professeur Alphonse Djédjé Mady, la Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA — plus largement la République, perdent bien davantage qu’un Homme Politique.
Ils perdent un pan vivant de leur histoire.
Ils perdent un maître.
Ils perdent un témoin.
Ils perdent un militant de conviction.
Ils perdent surtout un Homme dont l’existence aura été placée sous le signe du Service, de la Fidélité, du Courage, du Dépassement de soi, de la Résilience et du Don de soi.
Aujourd’hui, le silence qui accompagne sa disparition est lourd. Très lourd.
Parce que certains hommes ne quittent pas seulement une famille lorsqu’ils s’en vont. Ils laissent derrière eux une empreinte dans la mémoire d’une nation, dans l’histoire d’un parti, dans la conscience de plusieurs générations.
Le Professeur Alphonse Djédjé Mady était de ceux-là.
Né le 1er janvier 1945 à Gazehio, village de la commune de Saïoua, il aura traversé plus de huit décennies d’une Vie Dense, Exigeante et profondément consacrée au PDCI-RDA et à la Côte d’Ivoire.
Son parcours fut d’abord celui de l’excellence.
Étudiant brillant, médecin de formation, agrégé et professeur titulaire d’urologie, chez lui,le diplôme ne constituait pas un aboutissement, mais un commencement : Celui d’une vie consacrée aux autres.
Très tôt également, il comprend que la jeunesse doit prendre toute sa part dans la construction du destin national.
Dans le mouvement étudiant, il assume des responsabilités importantes : Président de sous-section de l’UNEECI — Union nationale des étudiants et élèves de Côte d’Ivoire à Daloa, secrétaire général du bureau national, puis Membre Fondateur et Président National du MEECI — Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire, de 1973 à 1975.
À la tête du MEECI, il ne se contente pas d’administrer une organisation.
Il forme.
Il encadre.
Il transmet.
Il prépare une génération.
Sous son impulsion, le MEECI devient une véritable pépinière de cadres et un creuset de formation politique lié au PDCI-RDA.
C’est déjà là que se révèle l’une des grandes constantes de son existence : transmettre pour préparer l’avenir.
Former l’homme avant de rechercher le pouvoir.
Élever les consciences avant de conquérir les positions.
Apprendre à servir avant de prétendre diriger.
Puis vient le temps du service de l’État.
Sous le Président Félix Houphouët-Boigny, le Professeur Djédjé Mady est appelé au gouvernement et nommé Ministre de la Santé Publique et de la Population.
Cette responsabilité révèle une autre dimension de l’homme : celle du serviteur de la République.
Mais c’est au sein du PDCI-RDA que son itinéraire prend toute sa dimension historique.
Militant fidèle, constant et résilient, le Professeur Djédjé Mady aura connu les heures de gloire, les épreuves, les recompositions, les crises, les divisions, les doutes et les tempêtes de la vie politique ivoirienne.
Pourtant, il n’a jamais renié l’essentiel.
Il est resté attaché à ses convictions.
Il est resté fidèle à sa famille politique.
Il est resté fidèle à l’Héritage du Président Félix Houphouët-Boigny.
Il est resté fidèle au PDCI-RDA.
Et cette fidélité, précisément, mérite aujourd’hui d’être saluée.
Car la fidélité véritable ne se mesure pas lorsque tout va bien.
Elle se mesure dans l’épreuve.
Elle se révèle lorsque les vents deviennent contraires.
Elle se vérifie lorsque les certitudes vacillent.
Elle se reconnaît chez ceux qui demeurent debout lorsque d’autres choisissent la facilité.
Djédjé Mady appartenait à cette génération de militants pour qui l’engagement politique n’était pas une affaire de circonstance.
Être militant signifiait Servir.
Servir signifiait accepter les sacrifices.
Accepter les sacrifices signifiait parfois Savoir Patienter.
Savoir patienter signifiait parfois Savoir se Taire.
Et savoir se taire signifiait comprendre que l’Intérêt Collectif doit toujours prendre le dessus sur les impatiences individuelles.
Voilà l’une des grandes leçons de son parcours.
Il gravit progressivement les échelons du PDCI-RDA : membre du Comité exécutif et du Comité central, secrétaire général adjoint chargé de la formation, puis secrétaire général du parti de 2002 à 2013.
À travers ces responsabilités, il ne fut pas seulement un dirigeant.
Il fut un passeur de mémoire.
Un dépositaire.
Un pédagogue.
Un gardien de l’histoire.
Il connaissait les hommes, les combats, les victoires, les crises, les blessures et les mutations de sa famille politique.
Il savait d’où venait le PDCI-RDA.
Il connaissait le prix des combats menés par les générations précédentes.
Et il mesurait la responsabilité de ceux qui, à leur tour, avaient reçu la garde de cet héritage.
Mais au-delà des titres, et des fonctions, c’est la Constance de l’Homme qui Restera.
Les responsabilités passent.
Les mandats s’achèvent.
Les fonctions changent.
Les hommes passent.
Mais la fidélité demeure.
Et c’est peut-être là que réside la grandeur de son itinéraire.
Le Professeur Djédjé Mady aura connu les soubresauts de la politique sans se laisser emporter par les vents de circonstance.
Il aura connu les épreuves sans céder au renoncement.
Il aura connu les adversités sans perdre sa dignité.
Il aura connu les divergences sans transformer le désaccord en haine.
Il aura connu les crises sans renoncer au dialogue.
Il aura connu les difficultés sans abandonner la maison politique à laquelle il avait consacré l’essentiel de sa vie.
C’est cela, la Résilience militante.
C’est cela, la fidélité dans l’épreuve.
C’est cela, le dépassement de soi.
C’est cela, le don de soi.
Et cette Conviction, il l’aura portée jusqu’au bout.
Dans une époque politique où l’immédiateté menace parfois la mémoire, où l’ambition peut prendre le pas sur la fidélité et où la parole publique perd trop souvent de sa hauteur, le Professeur Djédjé Mady rappelait, par son parcours même, que la politique demeure d’abord une école de responsabilité, de sacrifice et de service.
Son engagement ne fut pas une parenthèse.
Ce fut une vie.
Une vie donnée.
Une vie consacrée.
Une vie militante.
Une vie républicaine.
Une vie de transmission.
C’est pourquoi son départ laisse une douleur si profonde.
Parce qu’il emporte avec lui des souvenirs que lui seul pouvait raconter avec cette précision.
Des conversations.
Des visages.
Des épisodes.
Des combats.
Des enseignements.
Des secrets de famille politique.
Des morceaux entiers de l’histoire du PDCI-RDA.
C’est précisément ici que la pensée d’Amadou Hampâté Bâ prend toute sa puissance :
« Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Aujourd’hui, une bibliothèque s’est éteinte.
Mais il appartient désormais aux générations qui restent de Sauver de cet Incendie ce que le Professeur Djédjé Mady nous a légué.
Son héritage ne doit donc pas être enfermé dans les archives.
Il doit vivre dans les comportements.
Il doit être enseigné aux jeunes militants.
Il doit nourrir les écoles de formation politique.
Il doit être raconté aux générations futures.
Il doit rappeler à chacun que le PDCI-RDA n’est pas seulement une organisation politique.
Il est une histoire.
Une mémoire.
Une culture politique.
Un Patrimoine National.
Une école de responsabilité.
Une tradition républicaine.
Une promesse faite aux générations futures.
Le Professeur Alphonse Djédjé Mady aura servi le PDCI-RDA sans bruit inutile, mais avec constance.
Il aura servi la Côte d’Ivoire avec le sens du devoir.
Fidèle à une histoire.
Fidèle à une famille politique.
Fidèle à des convictions.
À ceux qui restent, son départ adresse désormais une question silencieuse :
Que ferons-nous de l’héritage qu’il nous laisse ?
Ferons-nous de sa disparition une simple page de plus dans les annales du PDCI-RDA ?
Ou saurons-nous transformer son exemple en exigence ?
Saurons-nous faire de sa mémoire une force de cohésion ?
Saurons-nous transmettre à nos jeunes militants cette culture de la fidélité, de la discipline, du respect, du sacrifice et du dépassement de soi qui a marqué son parcours ?
C’est là, peut-être, le véritable testament du Professeur Djédjé Mady.
Car le meilleur Hommage que l’on puisse rendre à un Homme qui a consacré sa vie à transmettre n’est pas seulement de parler de lui.
C’est de continuer à transmettre.
Le meilleur Hommage à un Homme qui a servi n’est pas seulement de le pleurer.
C’est de servir à notre tour.
Le meilleur hommage à un homme qui est resté fidèle n’est pas seulement de saluer sa fidélité.
C’est de demeurer fidèles aux valeurs qui l’ont guidé.
Le meilleur hommage à un militant qui a résisté n’est pas seulement de célébrer sa résilience.
C’est de tenir debout lorsque l’Histoire nous met à l’Épreuve.
Aujourd’hui, le PDCI-RDA pleure l’un de ses fils.
La Côte d’Ivoire pleure l’un de ses serviteurs.
Des générations pleurent un maître.
Et nous, militants, cadres et héritiers d’une histoire politique qui nous dépasse, nous pleurons un gardien de mémoire.
À sa famille biologique, à ses proches, à ses compagnons de lutte, aux cadres, militants et sympathisants du PDCI-RDA, nous adressons nos condoléances les plus attristées.
Que la douleur de la séparation soit adoucie par la grandeur du parcours accompli.
Que le souvenir de l’Homme demeure plus fort que la tristesse de son départ.
Que les générations futures sachent qui fut Alphonse Djédjé Mady.
Et qu’elles comprennent surtout ce qu’il représentait :
la fidélité dans l’épreuve,
le courage dans l’adversité,
la compétence dans le service,
la dignité dans la responsabilité,
la résilience dans le combat,
et le don de soi au service de la collectivité.
Au-delà de la douleur, il nous revient désormais une responsabilité : faire vivre son héritage.
Et nous savons que son nom continuera d’habiter l’histoire du PDCI-RDA.
Professeur Alphonse Djédjé Mady, vous avez servi.
Vous avez combattu.
Vous avez résisté.
Vous avez transmis.
Vous avez pardonné.
Vous avez donné de vous-même.
Vous avez tenu lorsque d’autres auraient pu renoncer.
Aujourd’hui, nous vous pleurons.
Mais demain, nous devrons vous lire.
Lire votre parcours.
Lire vos combats.
Lire vos fidélités.
Lire vos sacrifices.
Lire vos enseignements.
Car c’est ainsi que l’on sauve une bibliothèque de l’oubli.
La bibliothèque s’est éteinte, mais elle nous laisse des milliers de pages à lire, à comprendre, à méditer et à transmettre.
Que la terre de vos ancêtres vous soit légère.
Que Dieu vous accueille dans Sa paix.
Et que la Côte d’Ivoire n’oublie jamais l’un de ses grands serviteurs.
Que le PDCI-RDA n’oublie jamais l’un de ses plus constants serviteurs.
Une Bibliothèque vient de s’éteindre.
À nous désormais d’empêcher que son héritage ne brûle.
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