Par AN | Lementor.net
L’or brille. Mais derrière son éclat se dessine une réalité beaucoup moins reluisante. En Côte d’Ivoire, l’orpaillage clandestin n’est plus seulement une question d’exploitation illégale d’une ressource minière. Au fil des années, le phénomène s’est transformé en un problème qui touche à la fois l’environnement, l’économie, l’agriculture, la santé, la sécurité et, plus largement, l’avenir des communautés.
Les faits sont là. Dans plusieurs régions du pays, des terres sont éventrées, des forêts dégradées et des cours d’eau soumis à de fortes pressions. Dans le Sud-Est, la pollution des lagunes Tendo-Ehy et Aby a notamment été attribuée en grande partie à l’orpaillage clandestin, avec des conséquences sur la pêche, l’accès à l’eau et les moyens de subsistance des populations riveraines.
Ailleurs, les conséquences sont tout aussi préoccupantes. La dégradation des sols, l’érosion, la destruction des habitats naturels et la pollution des eaux menacent des équilibres qui ont mis des décennies, voire des siècles, à se constituer. Dans le bassin de la Bagoué, les autorités et leurs partenaires ont ainsi identifié la pollution liée à l’orpaillage illégal et la dégradation des berges comme des problèmes nécessitant une action coordonnée.
Mais le problème ne s’arrête pas à l’environnement.
Lorsqu’une terre agricole devient impropre à la culture, c’est la capacité d’une communauté à se nourrir et à générer des revenus qui est fragilisée. Lorsqu’un cours d’eau est pollué, ce sont la pêche, l’élevage, l’agriculture et parfois même l’approvisionnement en eau qui peuvent être affectés. Lorsqu’un site abandonné laisse derrière lui des excavations dangereuses, le risque ne disparaît pas avec le départ des exploitants.
C’est pourquoi regarder l’orpaillage clandestin uniquement à travers le prisme de la répression serait insuffisant.
Les opérations de terrain sont nécessaires. Elles permettent de démanteler des installations, de détruire des équipements et de libérer certains espaces occupés illégalement. De telles opérations continuent d’ailleurs d’être menées dans différentes régions du pays. Mais détruire un site ne signifie pas nécessairement régler le problème. Si les conditions qui favorisent la reprise de l’activité demeurent, les mêmes pratiques peuvent réapparaître ailleurs.
La véritable question est donc celle de la durée.
Comment empêcher qu’un site détruit ne renaisse quelques semaines ou quelques mois plus tard ? Comment offrir des alternatives économiques crédibles aux populations qui dépendent de l’activité minière ? Comment restaurer les terres dégradées ? Comment surveiller les cours d’eau et les zones forestières ? Comment améliorer la connaissance des sites grâce à la cartographie et aux outils de surveillance ? Comment, surtout, faire de la protection de l’environnement une responsabilité partagée ?
Ces questions appellent une réponse collective.
L’État a évidemment un rôle central à jouer dans la réglementation, la surveillance, la protection des ressources naturelles et l’application de la loi. Mais la lutte ne peut durablement reposer sur les seules forces de sécurité. Elle doit également associer les collectivités, les communautés rurales, les chefs traditionnels, les organisations de la société civile, les acteurs économiques et les populations elles-mêmes.
La cartographie des sites, la réhabilitation des terres dégradées et l’implication des communautés constituent déjà des pistes concrètes. Des initiatives lancées en 2026 vont précisément dans ce sens, avec l’objectif d’identifier les zones affectées et de préparer leur restauration.
Il faut aussi regarder l’orpaillage clandestin sous l’angle de l’économie. Tant que l’activité illégale apparaît comme une source de revenus plus immédiate que les alternatives disponibles, la seule interdiction risque de montrer ses limites. La lutte doit donc être accompagnée d’opportunités économiques légales, particulièrement pour les jeunes et les communautés vivant dans les zones concernées.
Enfin, protéger l’eau doit devenir une priorité absolue. Une mine clandestine peut disparaître en quelques heures. Une rivière polluée, une nappe dégradée ou une forêt détruite peuvent, eux, nécessiter des années pour retrouver leur équilibre.
La Côte d’Ivoire possède des ressources minières importantes. Elle possède aussi des terres agricoles, des forêts, des fleuves, des lagunes et une biodiversité qu’elle ne peut se permettre de sacrifier au nom d’une exploitation incontrôlée.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre l’or et le développement. Il est de faire en sorte que l’exploitation des ressources contribue au développement sans hypothéquer celui des générations futures.
Car au bout du compte, la vraie richesse d’un pays ne se mesure pas seulement à la quantité d’or extraite de son sous-sol. Elle se mesure aussi à la capacité de ses populations à disposer d’une eau saine, de terres productives et d’un environnement viable.
L’or peut être extrait. Un écosystème détruit, lui, ne se reconstruit pas en un jour.
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