Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a dans la politique sénégalaise un moment que les observateurs n’avaient pas vu venir avec cette netteté. Ousmane Sonko, depuis le perchoir de l’Assemblée nationale où il siège comme président depuis le 26 mai 2026, est devenu l’homme le plus dangereux de la politique sénégalaise. Non pas parce qu’il gouverne. Précisément parce qu’il ne gouverne plus. Son successeur à la Primature, Ahmadou Al Aminou Lo, doit présenter sa Déclaration de politique générale devant l’Assemblée le 1er septembre 2026. Et Sonko, depuis Touba où il inaugurait le siège de PASTEF-Touba, a prévenu : il est prêt à faire tomber ce gouvernement autant de fois qu’il le faudra par une motion de censure si la trajectoire souverainiste du pays est sacrifiée.
Ce que cette phrase dit mérite d’être lu attentivement. Sonko ne critique pas un gouvernement adverse. Il menace un gouvernement du même camp, issu du même projet politique, porté par le même président qu’il avait contribué à élire. Al Aminou Lo était son directeur de cabinet à la Primature avant d’en devenir le locataire. Diomaye Faye était son secrétaire général de PASTEF avant d’en devenir le président. Ces hommes se connaissent. Ils ont travaillé ensemble. Et aujourd’hui Sonko menace de faire tomber le gouvernement de son ancien collaborateur au nom de la trajectoire souverainiste que lui-même avait pilotée jusqu’en mai 2026.
Le motif précis de sa colère est documenté. Sonko accuse Al Aminou Lo d’avoir capitulé sur le dossier des Industries chimiques du Sénégal dans les discussions avec les partenaires extérieurs. Les ICS sont un dossier symbolique pour la souveraineté économique sénégalaise : mines de phosphate, engrais, emplois directs, revenus d’exportation. Tout ce que le projet souverainiste de PASTEF voulait défendre contre ce que Sonko appelle les intérêts extérieurs. Si Al Aminou Lo a fait des concessions sur ce dossier dans ses négociations avec le FMI ou avec des partenaires industriels, Sonko dit qu’il a trahi. Et que la motion de censure est la réponse constitutionnelle appropriée à cette trahison.
PASTEF dispose de 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Cette majorité écrasante dit que Sonko peut faire tomber le gouvernement quand il le décide. La motion de censure n’est pas une menace en l’air. C’est une arme chargée que son détenteur peut tirer sans avoir besoin de convaincre un seul député extérieur à son groupe. Ce pouvoir absolu au Parlement combiné à une liberté de parole totale dans les meetings, le tout sans aucune responsabilité gouvernementale, fait de Sonko une figure politique sans équivalent dans l’histoire récente de l’Afrique de l’Ouest. Il tient l’arme. Il n’a pas à rendre de comptes sur son usage.
Al Aminou Lo présente sa DPG le 1er septembre. Ce discours est le premier test réel de la capacité du gouvernement à exister face à Sonko. S’il dit ce que Sonko veut entendre sur les ressources naturelles et la souveraineté économique, il risque de perdre la confiance des partenaires financiers dont le Sénégal a besoin pour financer sa dette et ses réformes. S’il dit ce que les partenaires financiers veulent entendre, il risque la motion de censure. C’est un couloir étroit que nul Premier ministre ne peut parcourir sans se faire toucher des deux côtés. Al Aminou Lo le sait. Diomaye Faye le sait. Et Sonko le sait mieux que personne. C’est sa force. C’est aussi sa limite : un homme qui fait tomber les gouvernements de son propre camp finit par être tenu pour responsable de l’instabilité qu’il produit.
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