Par AN | Lementor.net
Une contestation foncière opposant la chefferie de M’Badon à la famille Amagou prend de l’ampleur autour d’une parcelle de 7 275 m², que les autorités coutumières présentent comme faisant partie du cimetière traditionnel du village, a constaté mercredi la communauté réunie pour dénoncer cette situation.
La mobilisation organisée dans le village, dans la commune de Cocody, a rassemblé plusieurs composantes de la population, notamment les doyens, les femmes, les jeunes et les différentes générations. Les manifestants entendent ainsi exprimer leur désaccord avec l’attribution de cette portion de terre située sur l’îlot n°29 du lotissement de M’Badon.
Pour Loba Alexandre, notable et porte-parole principal de la chefferie, cette mobilisation traduit la détermination de la communauté à défendre ce qu’elle considère comme une partie de son patrimoine foncier coutumier. « Le village très surpris s’est levé comme un seul homme pour manifester son mécontentement », a-t-il déclaré.
La chefferie fonde notamment sa revendication sur l’histoire du village et de son cimetière coutumier. Selon ses explications, M’Badon aurait été officiellement reconnu comme village en 1934. Le cimetière traditionnel, d’une superficie annoncée de deux hectares, aurait été intégré au plan de lotissement approuvé en 1980, avant d’être clôturé en 1994.
La parcelle aujourd’hui contestée aurait, selon les responsables coutumiers, été attribuée à la SCI M’Badon, représentée par Laëtitia Amagou, fille et héritière de feu Amagou Victor. Un Arrêté de Concession Définitive (ACD) aurait ensuite été établi sur les 7 275 m² avant que la parcelle ne soit cédée à PORTEO BTP.
La chefferie remet en cause cette opération et soutient que l’espace concerné relève du patrimoine foncier coutumier du village. Dabo Paul Nicaise, notable chargé du Patrimoine, affirme notamment que cette portion de terrain est comprise dans l’espace revendiqué par la communauté au titre des terres coutumières.
Les responsables villageois évoquent également les liens historiques entre la famille Amagou et M’Badon. Selon leur version, feu Amagou Victor aurait reçu autrefois une parcelle à titre gracieux de feu Gnamoussou Rémi, en échange notamment de pépinières de palmiers. Ancien cadre du PDCI-RDA et ancien maire de Marcory, il aurait par la suite choisi de s’établir à M’Badon.
La famille Amagou rejette toutefois cette interprétation du différend. Laëtitia Amagou assure que ses ayants droit disposent de pièces administratives attestant de leurs droits sur le terrain. Elle affirme notamment que l’ACD obtenu par sa famille repose sur une attestation villageoise établie en 1986.
« Nous avons nos papiers et visiblement la chefferie a décidé qu’ils allaient faire une extension du cimetière », soutient-elle dans des propos enregistrés.
Elle estime par ailleurs que la parcelle litigieuse ne saurait être juridiquement assimilée au cimetière coutumier. Selon elle, le différend pourrait être résolu soit par un accord entre les parties, soit devant les juridictions compétentes.
Le dossier a déjà été soumis à l’administration. Saisie par le chef du village de M’Badon au sujet de la situation de la SCI M’Badon, la préfecture d’Abidjan a répondu par l’intermédiaire de son secrétaire général 1, Sindou Dosso.
Dans une correspondance datée du 24 août 2026, la préfecture indique avoir pris connaissance de la plainte portant sur l’ACD relatif à la superficie de 7 275 m². L’autorité administrative précise cependant que le règlement direct de ce type de différend ne relève pas de sa compétence.
La chefferie a ainsi été invitée à utiliser les mécanismes de recours prévus par la réglementation. Elle peut notamment saisir le ministre chargé de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de Vie dans le cadre d’un recours administratif gracieux, ou porter l’affaire devant le Conseil d’État par la voie du plein contentieux.
Le différend se trouve donc désormais à la croisée de revendications foncières coutumières, de titres administratifs et de recours juridictionnels. En attendant une éventuelle décision des autorités compétentes, la chefferie comme la famille Amagou maintiennent leurs positions sur la propriété et le statut des 7 275 m².
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