Par La Rédaction | Lementor.net
Le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire a annoncé qu’il veut passer de l’investissement annoncé à l’investissement réalisé. Cette formulation dit avec précision l’état du défi auquel la Côte d’Ivoire fait face après le groupe consultatif de juillet 2026 qui avait mobilisé 47 820 milliards de FCFA en engagements de partenaires techniques et financiers et 28 244 milliards du secteur privé. Ces chiffres sont spectaculaires dans leur volume et dans leur signification politique. Ils disent qu’Abidjan est reconnue comme une destination d’investissement de premier rang en Afrique de l’Ouest. Ils sont aussi des intentions d’investissement et non des chèques encaissés. Et c’est précisément la distance entre l’intention et l’encaissement que le CEPICI veut désormais mesurer, réduire et documenter avec la rigueur que la situation commande.
Cette distance entre l’annoncé et le réalisé est un problème structurel que tous les pays africains qui organisent des forums d’investissement connaissent et que peu ont résolu entièrement. Les conférences de donateurs et les groupes consultatifs produisent des annonces qui font les unes des médias économiques et alimentent les discours officiels sur l’attractivité du pays. Puis les mois passent. Des conditions préalables imposées par les investisseurs ne sont pas remplies dans les délais convenus. Des dossiers administratifs s’enlisent dans des ministères surchargés dont les agents n’ont pas toujours été formés à la logique et aux exigences des investisseurs privés internationaux. Des fonciers dont le statut juridique était censé être réglé ne le sont pas entièrement. Des permis environnementaux tardent parce que les agences de régulation n’ont pas les capacités techniques suffisantes pour instruire les dossiers rapidement. Des partenaires locaux attendus par les investisseurs étrangers comme condition de leurs investissements sont introuvables ou insuffisamment solides financièrement. Et les milliards annoncés prennent des années à se transformer en chantiers ouverts, en machines importées et en emplois créés.
Le taux de conversion entre les engagements annoncés lors du groupe consultatif de 2023 et les investissements effectivement décaissés avant le groupe consultatif de 2026 est l’indicateur le plus honnête de cette réalité. Ce taux, que le CEPICI n’a pas encore rendu public avec la précision qu’il mérite, est au cœur de la crédibilité de la politique d’attractivité ivoirienne. Un pays qui annonce des milliards et qui ne les concrétise pas développe progressivement une réputation d’écart entre le discours et les faits que les investisseurs les plus avertis intègrent dans leur évaluation du risque.
Concrètement, la stratégie de conversion annoncée par le CEPICI passe par plusieurs leviers opérationnels. Le suivi individualisé des projets agréés avec un interlocuteur dédié pour chaque investisseur qui a reçu son agrément et qui doit maintenant passer à la mise en œuvre. L’identification précoce des blocages fonciers, administratifs et réglementaires qui ralentissent le passage de l’engagement à la réalisation, avec des mécanismes d’escalade vers les niveaux décisionnels compétents quand les blocages ne peuvent pas être levés au niveau opérationnel. La coordination renforcée avec les ministères sectoriels dont les délais de délivrance des autorisations, permis de construire, autorisations environnementales, licences sectorielles, conditionnent souvent le calendrier de démarrage des projets bien plus que la seule volonté des investisseurs. Et la communication proactive vers les investisseurs étrangers dont les équipes locales ont besoin d’interlocuteurs disponibles, compétents et disposant d’autorité pour résoudre les problèmes au fur et à mesure qu’ils surgissent. C’est dans ces mécanismes d’accompagnement post-agrément que se joue la différence entre un pays qui reçoit des investissements et un pays qui reçoit des promesses.
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