Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mercredi 26 août 2026, à l’occasion du Maouloud, célébration de la naissance du prophète Mahomet déclarée jour férié et chômé sur toute l’étendue du territoire national ivoirien, le Cheick Ousmane Diakité a prononcé une déclaration qui ouvre un front nouveau dans la lutte contre l’orpaillage clandestin. Les imams, a-t-il dit, sont prêts à aller partout pour prêcher contre l’orpaillage illégal. Ces mots prononcés lors d’une célébration religieuse nationale disent ce que les communiqués du ministère de la Défense n’ont jamais réussi à dire aussi efficacement : la lutte contre l’orpaillage illégal a besoin d’un langage moral autant que d’une force armée.
Cette déclaration arrive dans un contexte précis documenté depuis plusieurs semaines. Le ministre de la Défense avait lui-même reconnu que les opérations de démantèlement sont des solutions conjoncturelles et que l’orpaillage ne peut plus seulement être l’affaire des seuls ministères régaliens. Ces mots du ministre étaient un aveu de la limite de l’approche sécuritaire dans un dossier qui dépasse la sécurité pour toucher à l’économie, à l’environnement et aux comportements sociaux. Les chiffres confirment cette limite avec une clarté brutale : malgré le déguerpissement de 8 500 sites depuis 2021, le nombre de sites actifs est passé de 801 en 2023 à plus de 1 600 en 2026. La répression produit des résultats locaux et temporaires. Elle ne résorbe pas la dynamique structurelle qui pousse des milliers de jeunes vers les sites illégaux tant que l’incitation économique reste aussi puissante et les alternatives aussi maigres.
La mobilisation des imams s’inscrit dans une approche différente qui mise sur la conviction plutôt que sur la contrainte. Cette approche s’appuie sur une réalité sociologique documentée dans les zones d’orpaillage du nord ivoirien. Les communautés qui ont résisté à l’implantation de sites clandestins sur leurs terres l’ont souvent fait grâce à la mobilisation de leurs autorités religieuses et traditionnelles. Là où le militaire arrive après le fait et déguerpít, le chef religieux est présent avant et peut convaincre. Cette différence de temporalité est décisive dans la logique de prévention. Un site qui ne s’ouvre pas ne coûte rien à démanteler. Un planteur qui ne rejoint pas un site illégal n’a pas besoin d’être interpellé. C’est la logique de la prévention communautaire qui justifie la mobilisation des imams.
La Chambre nationale des rois et chefs traditionnels est déjà engagée dans cet effort depuis plusieurs mois sous l’impulsion du ministère des Mines. L’implication des imams y ajoute la dimension islamique dans des régions du nord où la confrérie mouride, la Tijaniyya et d’autres courants de l’islam jouent un rôle structurant dans la vie quotidienne. La population des zones d’orpaillage du nord ivoirien est majoritairement musulmane. Un imam qui dit à ses fidèles lors du sermon du vendredi que l’orpaillage illégal détruit la terre que Dieu leur a confiée, contamine l’eau que boivent leurs enfants au mercure et au cyanure, prive l’État de ressources qui pourraient construire des écoles et des hôpitaux dans leurs villages, parle un langage qui atteint des consciences que ni la gendarmerie ni les textes de loi ne peuvent toucher seuls.
Ce que cette mobilisation religieuse dit sur la gouvernance de la lutte contre l’orpaillage en Côte d’Ivoire est une leçon que d’autres dossiers mériteraient d’entendre. Les problèmes complexes qui ont des racines économiques, sociales et culturelles ne se résolvent pas seulement par la force publique. Ils nécessitent une coalition d’acteurs dont les autorités religieuses et traditionnelles sont souvent les plus efficaces parce qu’ils sont les plus proches des populations et les plus légitimes à leurs yeux. La mobilisation des imams au Maouloud 2026 contre l’orpaillage illégal dit que cette leçon commence à être entendue en Côte d’Ivoire. Elle arrive tard par rapport à l’ampleur du phénomène. Mais elle arrive. Et c’est une bonne nouvelle pour une lutte qui en a besoin.
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