Par La Rédaction | Lementor.net
Le gouvernement ivoirien a désigné Bakary Sanogo pour présider l’Autorité nationale de la presse. Il succède au journaliste expérimenté Samba Koné à la tête de l’institution chargée de la régulation de la presse écrite et des médias numériques en Côte d’Ivoire, pour un mandat unique de six ans.
Sa nomination intervient à un moment particulièrement sensible pour la régulation médiatique ivoirienne. La montée de la désinformation, l’essor des plateformes numériques qui échappent aux cadres régulateurs traditionnels, et les exigences croissantes en matière de respect de l’éthique et de la déontologie journalistiques définissent les contours d’une mission qui ne ressemble à aucune de celles que ses prédécesseurs ont connues. Le paysage médiatique ivoirien de 2026 est fondamentalement différent de celui de 2010 ou même de 2015. Des centaines de sites d’information en ligne, des chaînes YouTube, des pages Facebook à fort trafic, des influenceurs qui informent des millions d’Ivoiriens sans avoir jamais signé une carte de presse : l’ANP de Bakary Sanogo devra trouver les outils juridiques et institutionnels pour réguler cet espace sans étouffer la liberté d’expression.
Le profil du nouveau président de l’ANP mérite d’être lu avec attention, parce qu’il dit quelque chose sur les priorités que le gouvernement entend imposer à l’institution. Bakary Sanogo n’est pas un journaliste de terrain ni un patron de presse. Il est un communicant institutionnel. Il a occupé le poste de conseiller technique au ministère de la Communication, servi à la Primature comme conseiller en communication publique, dirigé le Centre d’information et de communication gouvernementale dont la mission est de valoriser et diffuser les actions de l’État, et acquis une expérience à la Banque africaine de développement dans les domaines de la gouvernance et des politiques publiques.
Ce parcours est celui d’un homme qui connaît la communication de l’État de l’intérieur. Ce n’est pas celui d’un homme issu de la profession journalistique. Cette distinction n’est pas anodine dans un contexte où l’ANP est censée exercer une régulation indépendante d’une presse qui inclut des médias critiques envers le gouvernement. L’indépendance réelle d’un régulateur dont le président vient directement des structures de communication de l’exécutif sera le premier test auquel Bakary Sanogo devra répondre.
Ce qu’on attend de lui en priorité : consolider la crédibilité de l’organe de régulation, garantir le respect des textes qui encadrent la profession, promouvoir une presse libre et responsable, et accompagner les profondes mutations du paysage médiatique ivoirien. Cette feuille de route est claire. Sa mise en œuvre dépendra de la capacité du nouveau président à maintenir une distance entre l’institution qu’il dirige et l’exécutif qui l’a désigné.
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