Par La Rédaction | Lementor.net
Vingt-cinq professionnels des médias ivoiriens ont participé à une formation à Beijing dans le cadre de la coopération sino-ivoirienne dans le secteur des médias et de la communication selon Abidjan.net du 8 septembre 2026. Cette formation s’inscrit dans la dynamique plus large du partenariat stratégique entre la Côte d’Ivoire et la Chine qui s’est densifié de façon documentée et accélérée depuis 2020. Le défilé du 7 août à Yopougon avec les blindés VN22B de Norinco, la mission CEPICI à Shanghai du 3 septembre, l’annonce d’un investissement de 150 millions de dollars de Xinyi Glass Group, la formation militaire des officiers ivoiriens sur les équipements K-8 et Z-9 : autant de signaux d’une relation bilatérale qui couvre désormais les dimensions militaire, économique, diplomatique et maintenant médiatique de la coopération entre les deux pays. La formation de journalistes est le volet le moins visible de cette relation. Elle n’en est pas le moins important.
La formation de journalistes africains en Chine est une pratique que Pékin a développée avec une cohérence documentée et une ambition stratégique précise depuis une quinzaine d’années dans le cadre de sa politique d’influence continentale. Des centaines de journalistes du continent africain ont suivi des programmes dans des institutions médiatiques chinoises dont China Media Group, l’agence Xinhua, la Télévision centrale de Chine CGTN Afrique et l’Université de communication de Chine à Beijing. Ces formations portent sur les techniques journalistiques, la production audiovisuelle, la gestion des plateformes numériques et des réseaux sociaux, la couverture des questions de développement économique et les méthodes de fact-checking adaptées aux contextes africains. Elles incluent également des visites d’entreprises, d’institutions, de projets d’infrastructure et de sites historiques qui donnent aux participants une image de la Chine façonnée par ses hôtes dans un cadre soigneusement pensé pour produire une perception favorable. Cette dimension n’est pas un secret. Elle est assumée par Pékin comme une composante normale et revendiquée de sa politique d’influence par la diplomatie culturelle et médiatique dans les pays africains dont elle cherche à approfondir le partenariat.
Pour les vingt-cinq journalistes ivoiriens participants, cette formation produit des bénéfices professionnels réels et mesurables qui ne peuvent pas être réduits à leur dimension politique. L’exposition à des équipements de production audiovisuelle de pointe et à des techniques numériques que leurs propres médias n’ont pas encore entièrement adoptés. Un réseau de contacts dans les médias chinois et dans la communauté journalistique africaine formée en Chine qui peut faciliter des collaborations, des échanges de contenu et des partenariats dans les années à venir. Et une compréhension plus directe, plus complète et plus nuancée d’un partenaire économique et diplomatique que la Côte d’Ivoire doit mieux connaître pour couvrir ses dossiers avec la précision qu’ils méritent. La RTI et les médias privés ivoiriens couvrent la Chine depuis Abidjan avec les sources accessibles à distance. Une formation de deux à trois semaines à Beijing change durablement la nature et la profondeur de cette couverture.
Ce que cette formation dit sur la trajectoire des médias ivoiriens dans leur rapport au monde est aussi important que ce qu’elle dit sur la relation sino-ivoirienne. Les médias africains manquent en général de correspondants permanents dans les grandes capitales mondiales faute de ressources financières. Les formations à l’étranger financées par des partenaires étrangers, qu’ils soient américains, français, allemands ou chinois, comblent partiellement ce déficit de présence internationale tout en orientant inévitablement le regard des bénéficiaires vers la vision du monde de leurs formateurs. Un journaliste formé à Beijing et un journaliste formé à Paris n’ont pas nécessairement la même lecture de la relation sino-africaine. C’est précisément pour cela que la diversification des sources de formation pour les journalistes ivoiriens est une politique aussi importante que la diversification des sources d’investissement pour l’économie nationale. Un journalisme ivoirien qui a été formé par plusieurs regards différents sur le monde est un journalisme plus robuste et plus capable d’exercer son rôle critique que celui qui n’a été exposé qu’à une seule vision.
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