Par La Rédaction | Lementor.net
L’Observatoire Ivoirien de la Créativité et de l’Innovation a récompensé ce jeudi 10 septembre 2026 les lauréats du Concours Félix Houphouët-Boigny de mathématiques dans ses différentes catégories. Kouimedo Kedie Ange Modeste a décroché le Prix Houphouët-Boigny au niveau IV réservé aux élèves de Première et Terminale C ou E, le sommet des filières scientifiques du lycée ivoirien. Cette cérémonie de remise des prix dit l’investissement de la Côte d’Ivoire dans l’excellence scientifique de sa jeunesse à travers des instruments de compétition et de valorisation qui cherchent à créer une culture du mérite académique dans les disciplines qui conditionnent le développement technologique et industriel du pays. Les 3 977 candidatures reçues pour le Prix national d’excellence 2026 dont ce concours fait partie disent l’ampleur de la mobilisation des jeunes Ivoiriens autour de la compétition académique quand les dispositifs de reconnaissance sont suffisamment attractifs.
Les mathématiques sont la discipline socle sur laquelle reposent l’ensemble des sciences appliquées qui alimentent l’économie du savoir que la Côte d’Ivoire cherche à construire. L’informatique. L’ingénierie. La physique et la chimie industrielles. La finance quantitative qui structure les marchés de capitaux. La data science et l’intelligence artificielle que la Côte d’Ivoire veut développer avec un investissement de 1,8 milliard de dollars sur cinq ans dans le cadre de la SNIA 2030. Un pays qui produit des mathématiciens de talent dans ses lycées produit dans dix ans les ingénieurs, les chercheurs, les développeurs et les data scientists dont son économie numérique aura besoin pour tenir ses ambitions de hub technologique régional. La chaîne entre l’élève de Terminale C qui remporte un concours de mathématiques à Abidjan et l’ingénieur qui rejoint l’équipe technique d’une startup financée par Ivoire Tech est réelle, documentable et trop rarement valorisée dans les communications officielles sur le développement économique ivoirien.
Ce que cet événement dit sur l’état de l’enseignement scientifique ivoirien mérite d’être nuancé avec une précision que la seule célébration ne permet pas. Le concours FHB de mathématiques dit qu’il existe en Côte d’Ivoire des élèves capables d’excellence scientifique dans les conditions actuelles de l’enseignement secondaire. Il dit aussi, par la nature de sa sélection et le niveau des participants, que cette excellence est rare et concentrée dans des établissements et des profils scolaires qui ne représentent pas la majorité des élèves ivoiriens. Le rapport entre le nombre d’élèves qui choisissent les filières C et E et ceux qui choisissent les filières littéraires dit que les mathématiques restent perçues par beaucoup comme une discipline difficile, réservée à une élite naturellement douée et peu porteuse de débouchés clairement identifiés dans l’économie locale. C’est cette perception que les concours, les prix et les cérémonies de remise des récompenses visent précisément à modifier en rendant visible ce qui était invisible : que les mathématiques mènent aux carrières les mieux rémunérées et les plus influentes de l’économie numérique mondiale et que ce chemin est ouvert à tout élève qui choisit de le prendre avec la discipline et la rigueur qu’il exige.
L’enjeu de ce type de compétition est aussi symbolique que pratique. Quand un jeune ivoirien de Terminale C voit son nom cité dans les médias pour avoir remporté le Prix Houphouët-Boigny de mathématiques, il envoie un signal à des milliers de camarades qui hésitent entre les filières et qui calculent le rapport entre l’effort demandé et la reconnaissance obtenue. Ce signal dit que l’excellence scientifique est reconnue en Côte d’Ivoire avec la même solennité que les performances sportives. Et dans un pays où le football a longtemps été la seule voie médiatisée vers la reconnaissance sociale pour les jeunes des quartiers populaires, cette diversification des modèles de réussite valorisés publiquement est une politique culturelle aussi importante que les investissements dans les infrastructures numériques.
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