Par Bakary Cissé | Lementor.net
Ce vendredi 7 août 2026, le boulevard de la Solidarité à Yopougon a vibré au rythme de 5 423 éléments des Forces de défense et de sécurité et 534 engins pour le 66ème anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Présidé par le chef de l’État Alassane Ouattara, chef suprême des armées, ce défilé placé sous le thème Forces de défense et de sécurité, au service de la paix, de l’unité et du développement a dit quelque chose qui dépasse la seule célébration nationale : la Côte d’Ivoire modernise ses forces armées avec méthode et affiche cette modernisation sans complexe.
Le missile antichar Kornet-E, présenté par les Forces spéciales ivoiriennes, est l’équipement le plus parlant de ce défilé. Système de conception russe reconnu internationalement pour sa capacité à neutraliser des blindés lourds à longue distance avec une précision documentée, sa présence dans le dispositif confirme la montée en gamme des capacités de feu terrestres des unités d’élite. Dans une sous-région où les groupes armés non étatiques progressent et où les confrontations entre forces régulières et acteurs asymétriques redessinent les équilibres sécuritaires, disposer d’une capacité antichar mobile et précise n’est pas un luxe. C’est une nécessité opérationnelle.
Le VN22B est l’autre pièce maîtresse de ce défilé motorisé. Ce blindé à roues 6×6 conçu par le constructeur chinois Norinco, doté d’un canon de 105 mm monté sur une tourelle anguleuse conçue pour réduire la signature radar, combine mobilité tout-terrain, blindage modulaire en acier et composites, lance-pots fumigènes et protection anti-mines. Son intégration récente aux FACI marque une évolution qualitative pour la cavalerie blindée et les unités mécanisées. Elle dit aussi que la diversification des fournisseurs d’armements ivoiriens n’est pas un discours : la Chine entre concrètement dans l’arsenal des Forces armées ivoiriennes aux côtés des équipements occidentaux et israéliens.
Le NEROD RF, présenté par le Groupement d’Escadron Blindé de la Gendarmerie nationale, dit la conscience que les autorités ivoiriennes ont de l’évolution des menaces contemporaines. Ce fusil brouilleur d’ondes anti-drone fabriqué par l’entreprise française MC2 Technologies répond à une menace précise et documentée dans la sous-région : les drones commerciaux modifiés utilisés par des groupes armés pour la reconnaissance, le renseignement et les attaques légères. Le Burkina Faso et le Mali ont vu cette menace se matérialiser. La Côte d’Ivoire s’y prépare avant qu’elle ne frappe.
Le fusil d’assaut israélien IWI Tavor TAR-21 présenté par les Forces spéciales, vraisemblablement dans sa variante GTAR-21 équipée d’un lance-grenades sous canon, dit la même chose que le Kornet-E : les unités d’élite ivoiriennes s’équipent au meilleur niveau mondial disponible. Développé en configuration bullpup à la fin des années 1990 par Israel Weapon Industries, cet armement individuel est utilisé par plusieurs armées régulières parmi les mieux équipées du monde. Son adoption par les Forces spéciales ivoiriennes dit que la modernisation ne concerne pas seulement les équipements lourds mais aussi l’armement individuel des combattants de première ligne.
Le VAB, Véhicule de l’Avant Blindé, confirme son rôle de colonne vertébrale du transport de troupes blindé au sein de l’Armée de Terre ivoirienne. Sa présence dans ce défilé dit la continuité d’un parc qui s’étoffe sans abandonner ses fondamentaux opérationnels.
Ce que ce défilé dit de la stratégie militaire ivoirienne mérite d’être lu dans son contexte régional. La Côte d’Ivoire partage ses frontières nord avec le Burkina Faso où les groupes jihadistes affiliés au JNIM ont étendu leur emprise jusqu’aux environs de Ouagadougou. La Loi de programmation militaire en cours d’exécution traduit une doctrine précise : investir dans la dissuasion avant que la menace ne force la main. Les nouveaux équipements dévoilés ce 7 août à Yopougon disent que cet investissement avance. Ils disent aussi que la Côte d’Ivoire veut être vue comme un État qui se défend sérieusement dans une sous-région où la désintégration sécuritaire de certains voisins dit ce qui arrive quand on ne le fait pas.
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