Par Bakary Cissé | Lementor.net
Sur la façade maritime ivoirienne, l’océan avance lentement mais sûrement. Année après année, il grignote le rivage, fragilise les villages et menace des pans entiers du patrimoine historique et économique du pays. À Lahou-Kpanda, l’ancienne église coloniale semble désormais suspendue au bord du vide, symbole saisissant de la pression exercée par l’érosion côtière. À Grand-Lahou, le trait de côte a reculé à un rythme particulièrement préoccupant, mettant en péril habitations, routes et activités de pêche.
Cette réalité concerne l’ensemble du littoral national, long de plus de 560 kilomètres. Derrière les chiffres se cachent des communautés entières dont les moyens de subsistance dépendent directement de la mer et de la stabilité du rivage. L’érosion côtière, aggravée par le changement climatique et la montée du niveau des océans, constitue aujourd’hui l’un des défis environnementaux majeurs pour la Côte d’Ivoire.
Face à cette menace, le pays a choisi de ne pas rester spectateur. Au contraire, les autorités ivoiriennes ont engagé une stratégie progressive et structurée visant à protéger durablement les zones côtières tout en préservant les populations qui y vivent.
Le programme WACA (West Africa Coastal Areas Management Program) constitue l’un des piliers de cette réponse nationale. Soutenu financièrement par la Banque mondiale et le Royaume d’Espagne, ce vaste programme mobilise plus de 42 milliards de FCFA pour lutter contre l’érosion et renforcer la résilience du littoral. Piloté par le ministère de l’Environnement, avec l’appui technique du bureau d’études Artelia, il combine travaux d’ingénierie côtière et planification territoriale.
Les premiers résultats sont déjà visibles. Selon les autorités en charge du projet, près de 14 hectares de terres directement menacées ont pu être stabilisés et préservés. À Grand-Lahou notamment, les infrastructures de protection mises en place ont permis de ralentir significativement l’avancée de la mer et d’offrir un répit à des centaines de familles vivant dans cette zone particulièrement exposée.
Toutefois, la stratégie ivoirienne ne repose pas uniquement sur les ouvrages techniques. Les pouvoirs publics ont également choisi de compléter ces interventions par des solutions fondées sur la nature. Dans cette perspective, le programme conduit avec ONU-Habitat constitue un deuxième levier d’action.
Déployé dans les départements de Jacqueville et de Grand-Bassam, ce projet, financé par le Fonds d’Adaptation à hauteur de 14 millions de dollars pour la période 2024-2028, vise à restaurer les écosystèmes côtiers et à renforcer la résilience des communautés locales. Les mangroves, véritables barrières naturelles contre l’érosion, font l’objet d’importants programmes de replantation. Parallèlement, des infrastructures adaptées et des activités économiques alternatives sont développées dans des localités comme Azuretti ou Tefredji.
Plus de 126 000 personnes devraient bénéficier directement de ces initiatives, qui associent protection environnementale et développement local. L’objectif est clair : préserver les équilibres naturels tout en garantissant aux populations des perspectives économiques durables.
À ces actions institutionnelles s’ajoute également une dynamique portée par les collectivités territoriales elles-mêmes. L’initiative ReCol-CI, le Réseau des Communes Littorales de Côte d’Ivoire, témoigne de cette mobilisation croissante des acteurs locaux. Lancée officiellement à San Pedro en octobre 2024, elle rassemble une trentaine de communes côtières autour d’un objectif commun : sensibiliser les populations et coordonner les actions de prévention contre l’érosion.
Soutenue notamment par le Bureau de représentation de Taipei, qui a apporté une contribution initiale de 400 millions de FCFA pour la première phase du projet, cette initiative met l’accent sur la participation citoyenne et l’implication directe des collectivités dans la gestion du littoral.
Ainsi se dessine progressivement une approche globale. Les ouvrages de protection côtière apportent des réponses immédiates aux zones les plus menacées. Les solutions fondées sur la nature restaurent les équilibres écologiques à long terme. Et la mobilisation des collectivités locales renforce l’appropriation des politiques publiques par les populations concernées.
Cette combinaison d’outils et de partenaires illustre une volonté claire : faire du littoral ivoirien un espace résilient face aux défis climatiques du XXIᵉ siècle.
La bataille contre l’érosion côtière reste cependant un combat de longue haleine. Les phénomènes naturels à l’œuvre sont puissants et durables. Mais la Côte d’Ivoire a désormais posé les bases d’une riposte structurée, fondée sur la science, la coopération internationale et l’engagement des communautés.
Face à l’océan, le pays a choisi de ne plus subir. Il a décidé d’agir. Et sur les rivages de Grand-Lahou, de Jacqueville ou de San Pedro, cette détermination commence déjà à produire ses premiers effets.
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