La rédaction | Lementor.net
Six millions de personnes vivent du cacao en Côte d’Ivoire. Six millions. C’est le chiffre qu’il faut garder en tête quand on parle de la crise actuelle de la filière parce que derrière les courbes de prix et les rapports du Conseil Café-Cacao, il y a des familles, des enfants scolarisés grâce aux revenus des plantations, des villages entiers dont l’économie repose sur une seule culture.
Ce qui se passe en ce moment est sérieux. La demande mondiale de chocolat marque le pas. Les consommateurs européens et américains premiers acheteurs du cacao ivoirien — réduisent leur consommation. Les raisons sont multiples : inflation persistante dans les pays riches, évolution des habitudes alimentaires, montée des alternatives. Le résultat, lui, est simple : les cours baissent, et les planteurs encaissent.
Le Conseil Café-Cacao, l’organisme ivoirien qui régule la filière, a mis en place un système de prix garanti aux producteurs censé les protéger des fluctuations du marché mondial. Ce système a ses mérites — il évite l’effondrement brutal des revenus quand les cours chutent. Mais il a ses limites aussi : quand la chute est longue et profonde, l’État ivoirien finit par absorber la différence, ce qui pèse sur les finances publiques au moment où le PND 2026-2030 demande justement une mobilisation maximale des ressources.
La vraie question n’est pas conjoncturelle. Elle est structurelle. La Côte d’Ivoire produit 40% du cacao mondial mais ne transforme qu’une fraction de sa production sur place. La valeur ajoutée — le chocolat fini, le beurre de cacao, les produits dérivés — part ailleurs. C’est là que se fait l’argent. Tant que ce déséquilibre persiste, la filière restera vulnérable aux humeurs des marchés lointains. La transformation locale est dans chaque plan de développement depuis vingt ans. Elle avance, mais trop lentement pour ceux qui attendent dans leurs plantations.
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