La rédaction | Lementor.net
Kada Billon, mère de Jean-Louis Billon, est décédée le 26 mars 2026 à Paris, à l’âge de 82 ans. Ses obsèques se sont déroulées du 3 au 12 avril 2026 entre Abidjan et Dabakala : levée du corps le 8 avril à la salle Félix Houphouët-Boigny de Treichville, transfert vers Dabakala le 9 avril, inhumation au caveau familial le 10 avril. Le PDCI-RDA, parti dont est issu Jean-Louis Billon, n’a délégué aucun représentant.
Ce silence a fait réagir au sein de la classe politique ivoirienne. En Afrique, et particulièrement dans la culture ivoirienne, la mort constitue un moment de suspension des conflits. Le deuil appelle à la solidarité collective, au-delà des divergences politiques. Cette tradition est au coeur même de ce que le PDCI a toujours désigné sous le terme d’houphouétisme.
Pour comprendre le poids symbolique de cet absent, il faut rappeler les faits. Jean-Louis Billon, né en 1964, a été maire de Dabakala, président du Conseil régional du Hambol, ministre du Commerce de 2012 à 2017 sous Alassane Ouattara, et président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. Il a occupé le poste de secrétaire exécutif du PDCI avant de rompre avec la direction du parti. Sa famille est historiquement liée au PDCI et à son fondateur.
La rupture avec Tidjane Thiam, élu président du PDCI en décembre 2023 avec 96,5% des voix au congrès de Yamoussoukro, s’est consommée progressivement. En janvier 2025, le conseil de discipline du parti convoquait Billon à la demande de Thiam. Billon choisissait ensuite de se présenter à la présidentielle d’octobre 2025 sous sa propre plateforme, le CODE (Congrès démocratique), obtenant 129 493 voix. Il terminait troisième, derrière Alassane Ouattara réélu avec 89,77% des voix.
La question qui se pose objectivement est celle-ci : le différend politique justifie-t-il l’absence aux funérailles d’une mère ? Pour beaucoup d’observateurs, non. Et le profil de Tidjane Thiam rend ce silence encore plus difficile à expliquer sur le plan symbolique.
Thiam est le petit-neveu de Félix Houphouët-Boigny lui-même, fondateur du PDCI en 1946 et père de la Côte d’Ivoire moderne. Sa mère est la nièce du premier président ivoirien. Après vingt ans de carrière internationale, notamment comme directeur général de Prudential puis de Credit Suisse, il est rentré pour prendre la tête du parti fondé par son grand-oncle. Depuis son élection en décembre 2023, il dirige le PDCI depuis l’étranger, justifiant son absence du territoire ivoirien par des préoccupations sécuritaires. Le PDCI a célébré ses 80 ans en avril 2026 sans que son président soit présent sur le sol ivoirien.
Ce contexte fragilise son autorité morale. Un parti qui ne peut pas envoyer une délégation aux obsèques d’un ancien cadre en deuil, dirigé par un président qui ne rentre pas au pays, envoie un signal préoccupant sur sa cohésion interne et sur sa capacité à incarner les valeurs qu’il revendique.
Houphouët-Boigny avait construit sa philosophie politique sur un principe simple : le dialogue et l’humanité avant tout. Cette philosophie a porté un pays à travers des crises profondes. Ce qu’ont observé les Ivoiriens les 6, 7 et 8 avril 2026 à Cocody, puis à Dabakala, n’en était pas le reflet.
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