Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des partis politiques qui survivent à leur utilité immédiate parce qu’ils portent une mémoire, un réseau et une légitimité historique que personne ne peut effacer par décret. Le Mouvement des forces d’avenir est de ceux-là. Yaya Fofana, l’un de ses cadres les plus en vue, l’a dit sans détour dans une déclaration qui a circulé cette semaine : le MFA ne peut pas disparaître, parce qu’il est l’un des bâtisseurs du RHDP.
La phrase est simple. Sa portée est considérable.
Pour la comprendre, il faut revenir à l’histoire du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix. Le RHDP n’est pas né d’une volonté unique ni d’un homme seul. Il est né en 2005 à Paris d’une coalition de partis qui ont décidé de s’unir contre Laurent Gbagbo et le Front populaire ivoirien au nom d’une vision commune : ramener la Côte d’Ivoire à la stabilité, à la croissance et à l’héritage houphouëtiste. Parmi ces partis fondateurs figuraient le RDR d’Alassane Ouattara, le PDCI d’Henri Konan Bédié, l’UDPCI de Paul Akoto Yao et le MFA d’Anaky Kobena. Chacun apportait ses réseaux, ses électeurs, sa base géographique et sa légitimité propre. Le MFA, implanté dans le Centre-Ouest et porteur d’un houphouëtisme populaire ancré dans les couches moyennes et les communautés rurales, n’était pas un figurant dans cette construction. Il était un pilier.
La transformation du RHDP en parti unifié en 2018 a changé la donne. Henri Konan Bédié et le PDCI ont refusé la fusion et ont quitté la coalition pour retrouver une autonomie politique que la mécanique absorbante du parti unifié menaçait d’effacer. D’autres formations, dont le MFA, ont choisi de rester et de participer à la construction du nouveau parti. Ce choix, qui pouvait sembler raisonnable à court terme, a produit une tension de long terme : en intégrant le RHDP unifié, ces partis acceptaient de fondre leur identité dans un ensemble plus grand, au risque de perdre leur existence propre, leurs structures, leur représentation et leur capacité à négocier en tant qu’acteur autonome.
C’est précisément cette tension que Yaya Fofana exprime aujourd’hui. Le MFA est dans le RHDP, il a participé à ses victoires électorales, il a fourni des cadres au gouvernement et à l’Assemblée nationale. Mais il entend ne pas disparaître pour autant. Il revendique une existence distincte, une mémoire fondatrice et un droit à la reconnaissance à l’intérieur du parti au pouvoir. Ce n’est pas une rébellion. C’est une négociation identitaire que le RHDP devra gérer avec soin, surtout à l’approche de l’Assemblée générale extraordinaire du 12 septembre 2026 qui doit redéfinir la gouvernance et les structures du parti.
La question qui se pose au RHDP est celle de la gestion de sa propre diversité interne. Un parti qui absorbe toutes les sensibilités sans en reconnaître aucune finit par produire des frustrations qui s’expriment soit en interne de manière incontrôlable, soit en externe par des défections au pire moment. La déclaration de Yaya Fofana n’est pas un cri d’alarme isolé. Elle est un signal que les fondateurs du RHDP qui ont renoncé à leur autonomie partisane attendent en retour une reconnaissance concrète de leur apport historique, que ce soit en termes de représentation dans les instances dirigeantes, de prise en compte de leurs bases électorales dans les investitures ou de respect de leur identité politique au sein du mouvement commun.
L’AGE du 12 septembre sera un test pour la capacité du RHDP à se réinventer tout en honorant ses racines. Les partis qui ont contribué à sa fondation regarderont cette échéance avec attention. Si leurs revendications d’existence sont entendues, le parti repartira uni et renforcé. Si elles sont ignorées, les fissures pourraient s’élargir à un moment où la question de la succession d’Alassane Ouattara et de l’avenir du parti après son départ rend chaque fragment de légitimité historique précieux.
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