Par La Rédaction | Lementor.net
Le 9 juin 2026, l’Union européenne a lancé officiellement l’initiative T-MED, acronyme de Transition Méditerranéenne pour les Énergies Durables. Ce programme ambitieux entend faire du sud de la Méditerranée un espace majeur pour les énergies renouvelables, l’hydrogène vert et les technologies propres dans le cadre de la transition énergétique que l’Europe s’est fixée comme objectif stratégique central pour les deux prochaines décennies.
Pour comprendre ce que représente T-MED, il faut le replacer dans le contexte de la politique énergétique européenne depuis 2022. La guerre en Ukraine et la coupure progressive des approvisionnements en gaz russe ont provoqué une prise de conscience brutale en Europe sur sa dépendance énergétique extérieure. Le continent a été contraint en quelques mois de reconfigurer entièrement ses sources d’approvisionnement, d’accélérer massivement ses investissements dans les énergies renouvelables et de chercher de nouveaux partenaires énergétiques capables de lui fournir à la fois des hydrocarbures dans l’immédiat et des énergies propres dans le moyen terme. L’Afrique du Nord s’est trouvée naturellement au cœur de cette reconfiguration. Ses ressources solaires, ses capacités de production de gaz naturel et son potentiel en hydrogène vert en font un partenaire énergétique incontournable pour une Europe qui cherche à la fois la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation de son mix énergétique.
T-MED cible principalement l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, les trois économies nord-africaines qui disposent des infrastructures, des ressources naturelles et des relations institutionnelles avec l’Union européenne permettant de structurer un partenariat énergétique de grande ampleur. Chacun des trois pays arrive à cette opportunité avec des atouts distincts. L’Algérie dispose d’un immense potentiel solaire dans son Sahara et d’infrastructures gazières déjà connectées à l’Europe via deux gazoducs. Sa capacité à produire de l’hydrogène vert à partir de son ensoleillement exceptionnel est reconnue par les experts du secteur comme l’une des plus importantes du monde. La Tunisie, plus petite économie des trois, voit dans T-MED une opportunité de diversifier une économie fragilisée par des années de turbulences politiques et de positionnement géographique stratégique entre l’Algérie et la Libye. Le Maroc, qui a déjà lancé depuis plusieurs années une politique volontariste de développement des énergies renouvelables avec des capacités solaires et éoliennes parmi les plus développées du continent africain, est sans doute le mieux positionné pour répondre rapidement aux attentes européennes.
Pour l’Afrique subsaharienne, l’initiative T-MED pose une question qui mérite d’être posée explicitement : pourquoi l’initiative se limite-t-elle au nord du continent et n’intègre-t-elle pas les pays d’Afrique de l’Ouest qui disposent eux aussi d’un potentiel énergétique considérable ? La Côte d’Ivoire, qui développe ses capacités pétrolières et gazières avec le champ Baleine et qui ambitionne une transition vers les énergies renouvelables dans le cadre de son PND 2026-2030, ou le Sénégal, qui vient d’entrer dans le cercle des producteurs d’hydrocarbures avec Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, auraient des raisons légitimes de vouloir s’intégrer dans une dynamique de partenariat énergétique avec l’Europe qui ne se limite pas à la rive nord du Sahara.
La réponse tient en partie à la géographie des infrastructures énergétiques. Les pays d’Afrique du Nord sont physiquement connectés à l’Europe via des gazoducs sous-marins et terrestres qui permettent des transferts d’énergie à grande échelle. Les pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas ces connexions et leur construction représenterait des investissements colossaux dont la rentabilité n’est pas garantie à court terme. Mais elle tient aussi à des choix politiques et géostratégiques qui méritent d’être questionnés à mesure que les besoins énergétiques de l’Europe se précisent et que les capacités renouvelables de l’Afrique subsaharienne se développent.
T-MED est une initiative prometteuse qui répond à des besoins réels des deux côtés de la Méditerranée. Mais son périmètre actuel dit aussi quelque chose sur les limites de la vision européenne de l’Afrique comme partenaire stratégique : une Afrique du Nord intégrée aux réseaux européens, une Afrique subsaharienne encore traitée en marge des grandes architectures énergétiques mondiales. Combler ce fossé sera l’un des enjeux de la diplomatie énergétique africaine de la prochaine décennie.
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