Par La rédaction | Lementor.net
L’Autorité nationale de la presse a tranché un différend qui dit quelque chose d’important sur l’état du droit de la presse en Côte d’Ivoire. Le District autonome d’Abidjan avait saisi l’ANP après la publication dans l’édition hors-série numéro 01 de juillet 2026 de L’Éléphant déchaîné d’un article consacré à l’affaire Koumassi Campement. Le Ministre-Gouverneur souhaitait exercer son droit de rectification. L’ANP, présidée par Bakary Sanogo qui vient d’être nommé à ce poste, a examiné le texte proposé et a estimé que certains passages dépassaient le cadre légal.
Ces passages problématiques faisaient notamment référence à une mise en demeure invitant le journal ainsi que le procureur de la République à produire des preuves. L’ANP les a jugés sans lien direct avec les informations publiées dans l’article concerné. En application de l’article 71 de la loi portant régime juridique de la presse modifiée en 2022, l’institution a demandé au District de revoir son texte en retirant ces passages avant de le transmettre à L’Éléphant déchaîné pour publication avec copie à l’ANP.
Cette décision dit plusieurs choses sur le fonctionnement réel du système de régulation médiatique ivoirien. D’abord que l’ANP joue son rôle d’arbitre sans se laisser impressionner par le rang de l’institution qui saisit. Le Ministre-Gouverneur du District autonome d’Abidjan n’est pas n’importe qui dans la hiérarchie administrative et politique ivoirienne. L’ANP lui dit néanmoins que son texte doit respecter les limites légales du droit de rectification. C’est ce que doit faire un régulateur indépendant. Ensuite que le droit de rectification a des contours précis que les institutions publiques ne peuvent pas dépasser sous prétexte qu’elles disposent d’une tribune officielle. Enfin que L’Éléphant déchaîné, journal d’opposition connu pour ses positions critiques, bénéficie de la même protection légale qu’un journal proche du pouvoir face à une demande de rectification abusive.
L’affaire Koumassi Campement continue ainsi de produire des effets bien au-delà des démolitions de juin. Elle a produit des morts. Elle a produit une mobilisation sociale. Elle a produit une intervention judiciaire à la section antiterroriste. Et maintenant elle produit un conflit médiatique entre une institution publique et un journal indépendant que la régulation professionnelle doit arbitrer. C’est la vie d’une affaire qui n’est pas close.
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