Par La Rédaction | Lementor.net
Après sa visite officielle à Abidjan où il a rencontré Alassane Ouattara, le président béninois Romuald Wadagni a poursuivi sa tournée sous-régionale en se rendant au Burkina Faso pour rencontrer Ibrahim Traoré, le chef de la junte qui gouverne Ouagadougou depuis le coup d’État de septembre 2022. Les deux dirigeants ont relancé leur partenariat bilatéral sur les questions économiques et sécuritaires.
Cette séquence diplomatique mérite une lecture attentive, car elle illustre une stratégie béninoise qui est, à bien des égards, l’une des plus sophistiquées de la sous-région. En l’espace de quarante-huit heures, Wadagni a rencontré Ouattara à Abidjan, pilier de la CEDEAO et figure de la stabilité pro-occidentale, et Traoré à Ouagadougou, chef de file de l’AES et figure emblématique du tournant anti-français. Deux hommes qui incarnent deux visions radicalement opposées de ce que l’Afrique de l’Ouest doit être. Et Wadagni a été reçu chaleureusement par les deux.
Ce n’est pas de la duplicité. C’est de la géographie. Le Bénin partage des frontières avec le Nigeria, le Togo, le Burkina Faso et le Niger. Il ne peut pas se permettre d’avoir des ennemis à ses portes. Sa stabilité économique dépend de ses échanges commerciaux avec l’ensemble de ses voisins, y compris ceux dont les régimes lui déplaisent sur le plan des valeurs. Le port de Cotonou est l’une des principales voies d’entrée des marchandises pour le Niger et le Burkina Faso enclavés. Couper ce lien commercial au nom de la solidarité avec la CEDEAO serait économiquement suicidaire pour le Bénin.
Mais cette politique d’équidistance a aussi ses limites. Elle repose sur l’hypothèse que les deux blocs qui se font face en Afrique de l’Ouest, la CEDEAO d’un côté et l’AES de l’autre, accepteront indéfiniment de voir des pays comme le Bénin maintenir des ponts avec l’adversaire. À mesure que les tensions s’approfondissent et que les choix de camp se précisent, la marge de manœuvre des acteurs qui refusent de choisir risque de se réduire. Wadagni le sait. Son activisme diplomatique de cette semaine ressemble autant à une stratégie de long terme qu’à une course contre la montre pour consolider des relations bilatérales avant que la fracture régionale ne rende cet exercice impossible.
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