Par La Rédaction | Lementor.net
La troisième édition du Salon des Téléphones et Applications Mobiles d’Afrique a ouvert ses portes le vendredi 17 juillet 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire pour deux jours de débats, d’expositions et de confrontation d’idées sur un sujet qui dépasse largement les stands de démonstration : la souveraineté technologique africaine dans le secteur mobile. Placée sous le thème L’Afrique, un laboratoire d’innovation : enjeux et perspectives, cette édition marque un tournant dans l’ambition du salon. Les deux premières éditions avaient posé les bases d’un rendez-vous de l’écosystème mobile. La troisième veut être le catalyseur d’une révolution industrielle.
Le commissaire général Kodioro Fofana l’a dit dès l’ouverture avec une clarté qui tranche avec le discours habituel des salons technologiques africains : limiter notre attention aux questions de la digitalisation serait limiter l’industrie créative et l’esprit des Ivoiriens. Cette formule dit l’ambition de la rupture. Le STAM ne veut plus être une vitrine de gadgets importés où les marques chinoises et coréennes présentent leurs derniers modèles à un public de consommateurs captifs. Il veut être l’espace de réflexion et de mobilisation autour d’une question fondamentale : pourquoi l’Afrique, continent de plus de 1,4 milliard d’habitants dont la grande majorité accède à internet uniquement via smartphone, ne fabrique-t-elle pas ses propres téléphones ?
La question n’est pas rhétorique. Elle a une réponse partielle et concrète incarnée par la présence de Fadima Diawara, PDG de Kunfabo en Guinée, invitée d’honneur de cette édition. Kunfabo fabrique déjà des smartphones en Guinée. Cette entrepreneuse est la preuve vivante que la production africaine de téléphones mobiles n’est pas une utopie. C’est une réalité en construction, modeste encore dans ses volumes, mais réelle dans ses actes. Sa présence au STAM 2026 dit que les organisateurs ne voulaient pas seulement des conférences sur la souveraineté technologique. Ils voulaient montrer à quoi elle ressemble concrètement.
Le salon, porté par la structure WaliCreative, a réuni plus de 5 000 participants selon les organisateurs, dont des professionnels du numérique, des fabricants de smartphones, des développeurs d’applications, des startups, des opérateurs télécoms, des investisseurs et des décideurs publics venus de plusieurs pays africains. Cette diversité d’acteurs dit que le STAM a réussi sa montée en gamme : il n’est plus seulement un salon commercial mais une plateforme panafricaine où les enjeux industriels, réglementaires et économiques du secteur mobile se discutent au même niveau que les produits exposés.
Le STAM 2026 a été placé sous le haut patronage de Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, et de Kalil Konaté, ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat. Ce double parrainage ministériel dit que le gouvernement ivoirien ne regarde pas ce salon de loin. Il y investit sa crédibilité et son positionnement dans la stratégie numérique du PND 2026-2030 qui fait de l’économie numérique l’un de ses axes prioritaires de développement.
Ce que le STAM révèle des défis réels de la souveraineté technologique africaine mérite d’être nommé sans complaisance. L’Afrique représente aujourd’hui entre 6 et 8 % du marché mondial des smartphones par volume mais produit moins de 1 % des appareils vendus sur son sol. La dépendance aux marques chinoises, Tecno, Itel, Infinix pour le segment entrée de gamme, aux marques coréennes et américaines pour le segment premium, est totale. Cette dépendance a un coût économique mesurable : chaque smartphone vendu en Afrique transfère de la valeur vers l’étranger sous forme de marges industrielles, de droits de propriété intellectuelle et de services après-vente. Elle a aussi un coût stratégique : un continent qui ne maîtrise pas les équipements par lesquels passe la totalité de sa vie numérique est un continent dont la souveraineté informationnelle est structurellement limitée.
Les obstacles à la production africaine de smartphones sont connus et documentés. Absence d’écosystème de composants locaux qui oblige même les assembleurs africains à importer la quasi-totalité de leurs pièces. Coût élevé de l’énergie industrielle dans la plupart des pays africains. Faiblesse des capacités de formation en ingénierie électronique et en conception de circuits intégrés. Fragmentation des marchés nationaux qui empêche d’atteindre les économies d’échelle nécessaires à une production compétitive. Et concurrence frontale avec des géants industriels qui bénéficient de décennies d’expérience, de chaînes d’approvisionnement intégrées et de capacités de recherche et développement incomparables.
Le STAM ne résoudra pas ces obstacles en deux jours de salon. Ce n’est pas sa vocation. Sa vocation est de créer le consensus intellectuel, la mobilisation institutionnelle et les connexions entre acteurs qui permettront à des entrepreneurs comme Fadima Diawara de ne plus être des exceptions mais des pionniers d’un mouvement. Et sur ce terrain, Abidjan a une carte à jouer que peu d’autres villes africaines peuvent revendiquer avec la même crédibilité : une économie en croissance, un marché de consommateurs dynamique, un écosystème startup en développement, un soutien gouvernemental visible et des financements du PND disponibles pour les projets industriels structurants.
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