Par La Rédaction | ementor.net
Le président Alassane Ouattara a ordonné le 23 juillet 2026 lors du Conseil national de sécurité un renforcement immédiat des contrôles techniques des véhicules et une application plus stricte des règles de circulation sur l’ensemble du territoire national. Cette décision intervient après deux accidents mortels survenus en moins de deux semaines sur des axes routiers majeurs de l’intérieur du pays. Sur l’axe Niakara-Katiola dans le nord, un accident grave avait fait plusieurs morts dans la semaine précédente. Sur l’axe Touba-Biankouma dans l’ouest, l’autocar de Diarra Transport avait plongé dans le fleuve Bafing le 13 juillet, tuant 24 personnes et blessant 36 autres parmi les 69 passagers à bord. La superposition de ces deux drames en quelques jours a déclenché une réaction présidentielle qui dépasse le seul cadre de la gestion des accidents.
Pour mesurer l’ampleur du problème que cette instruction présidentielle cherche à résoudre, il faut regarder les statistiques de la sécurité routière ivoirienne dans leur ensemble. La Côte d’Ivoire enregistre chaque année entre 1 500 et 2 000 morts sur ses routes selon les données officielles de l’Office national de la Sécurité Routière. Ce chiffre place le pays parmi les plus touchés d’Afrique de l’Ouest en valeur absolue, et parmi les plus affectés en proportion du parc automobile quand on compare avec des pays de taille similaire. Les deux tiers des accidents graves impliquent des véhicules de transport en commun, cars interurbains, minibus, taxis-brousse, dont l’état technique et la formation des chauffeurs sont insuffisamment contrôlés. Et plus de 80 % des accidents graves surviennent sur les axes interurbains de l’intérieur du pays, loin d’Abidjan, sur des routes dont l’état se dégrade rapidement dès qu’on s’éloigne des grands axes bitumés récents.
Le CNS a identifié deux causes principales sur lesquelles la réponse gouvernementale doit s’articuler. L’incivisme des automobilistes d’abord : le non-respect du code de la route, les dépassements dangereux, la vitesse excessive, la conduite sous l’empire de l’alcool ou des stupéfiants, et la surcharge des véhicules de transport en commun au-delà des capacités homologuées. La défaillance technique des véhicules ensuite : des engins qui circulent avec des pneus usés, des freins défaillants, des éclairages insuffisants ou des châssis endommagés, sans avoir passé les contrôles techniques obligatoires ou avec des contrôles techniques frauduleusement obtenus. Ces deux causes se cumulent souvent dans les accidents les plus meurtriers : un chauffeur qui conduit à vitesse excessive avec un véhicule dont les freins sont défaillants sur une route mouillée par les pluies de juillet, comme c’était le cas sur le pont Bafing.
La suspension de Diarra Transport annoncée le 24 juillet par le ministre Amadou Koné est la traduction opérationnelle immédiate de la directive présidentielle. Mais pour que la tolérance zéro soit autre chose qu’une réaction conjoncturelle à deux accidents médiatisés, elle doit s’inscrire dans une politique de sécurité routière durable qui comporte plusieurs volets simultanés. Le premier est le renforcement effectif et permanent des contrôles techniques : pas seulement dans les centres officiels d’Abidjan mais dans les villes de l’intérieur où la plupart des transporteurs interurbains font entretenir leurs véhicules dans des garages informels qui n’ont ni les équipements ni la formation pour détecter les défauts critiques. Le second est la formation et la certification des chauffeurs de transport en commun : le Certificat d’aptitude de conducteur routier exigé par le ministre Koné à Diarra Transport n’est pas une exigence nouvelle. Elle est dans la réglementation ivoirienne. Elle n’est simplement pas contrôlée avec la rigueur qui lui donnerait son effet dissuasif. Le troisième volet est le durcissement des sanctions : des amendes suffisamment élevées et des suspensions suffisamment longues pour que le coût de la non-conformité soit supérieur au coût de la mise en conformité pour chaque transporteur.
La sécurité routière est aussi une question d’infrastructures. Des routes en bon état avec une signalisation claire, des glissières de sécurité sur les ponts, des barrières de protection sur les virages dangereux, des radars de contrôle de vitesse sur les axes à forte sinistralité : ces équipements existent dans tous les pays qui ont réduit significativement leur mortalité routière. La Côte d’Ivoire les déploie sur les autoroutes et les voies express récentes. Elle ne les a pas encore généralisés sur les axes secondaires interurbains où la grande majorité des accidents mortels surviennent. Le PND 2026-2030 qui vient de mobiliser 47 820 milliards de FCFA doit intégrer la sécurité routière comme un investissement prioritaire et pas comme un poste résiduel. Vingt-quatre morts sur le pont Bafing le 13 juillet méritent au moins cette promesse concrète.
Leave a comment