Par La Rédaction | Lementor.net
Dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 septembre 2026, aux environs de 2 heures du matin, un violent incendie s’est déclaré au dépôt 5 de la Société des transports abidjanais à Koumassi. Selon les premiers constats communiqués par la direction de la SOTRA, le feu aurait pris naissance sur un autobus en stationnement pour des opérations de maintenance avant de se propager rapidement aux véhicules garés à proximité. Le Groupement des sapeurs-pompiers militaires est intervenu. La police et la gendarmerie ont assuré la sécurisation du périmètre. Bilan provisoire : 55 autobus endommagés dont 40 entièrement calcinés par la violence du brasier. Aucune perte en vie humaine. La SOTRA a ouvert une enquête pour établir les circonstances précises de l’incendie.
La direction générale a remercié le GSPM pour la promptitude et le professionnalisme de son intervention. Les communiqués de rassurence ont suivi. Et puis l’information que ces communiqués ne disent pas est apparue dans les médias qui ont fait le travail de mémoire : ce n’est pas le premier incendie. Ce n’est pas le deuxième. C’est le troisième en moins d’un an dans les installations de la SOTRA. En octobre 2025, 13 autobus avaient été calcinés dans un dépôt de Koumassi. En novembre 2025, 19 autres avaient brûlé au dépôt n°9 d’Abobo. Et maintenant 40 de plus à Koumassi en septembre 2026. En onze mois, la SOTRA a perdu au minimum 72 autobus dans des incendies successifs. Ce chiffre cumulé transforme la série noire en question institutionnelle que ni les enquêtes ouvertes ni les remerciements aux pompiers ne peuvent esquiver.
Le parc total de la SOTRA tourne autour de 350 à 400 bus en service. Perdre 72 véhicules en moins d’un an dans des incendies, c’est perdre entre 18 et 20 % du parc opérationnel. Sur une flotte déjà vieillissante dont une partie significative dépasse les dix ans de service, cette perte est d’une gravité que les communiqués officiels peinent à nommer. Les bus de la SOTRA transportent chaque jour des centaines de milliers d’Abidjanais. Les lignes qui partent du dépôt 5 de Koumassi couvrent des quartiers populaires du sud d’Abidjan dont les habitants n’ont pas les moyens de recourir aux taxis ou aux VTC pour leurs déplacements quotidiens. Chaque bus détruit est une fréquence réduite, un arrêt bondé de plus, un temps de trajet allongé pour des travailleurs qui ont déjà parfois deux à trois heures de transport par jour.
La répétition de ces incendies pose une question précise à laquelle ni la SOTRA ni le gouvernement n’ont encore répondu publiquement : quel est l’état réel des systèmes de prévention et de détection incendie dans les dépôts de la société ? Un autobus en maintenance qui prend feu à 2 heures du matin et qui embrase 54 autres véhicules garés à proximité dit soit l’absence d’un système de détection précoce qui aurait donné l’alerte avant que le feu ne se propage, soit l’absence d’un système d’extinction automatique dans l’enceinte du dépôt, soit les deux simultanément. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire qui se dote de blindés VN22B, de missiles Kornet-E et d’une infrastructure numérique à 1,8 milliard de dollars, l’absence de détecteurs de fumée et de sprinklers dans les dépôts de sa principale société de transport public est une anomalie qui dit les hiérarchies de l’investissement public.
La piste de la maintenance comme origine du sinistre mérite d’être examinée avec la rigueur qu’elle exige. Des opérations de maintenance effectuées de nuit sur un autobus dans un dépôt rempli de véhicules dit que la SOTRA fait travailler ses techniciens dans des plages horaires qui minimisent les perturbations du service diurne. Cette organisation du travail est compréhensible dans une société dont la flotte est sous pression permanente. Mais elle exige des conditions de sécurité particulièrement strictes : bonne ventilation des locaux de maintenance, absence de matériaux inflammables à proximité des zones de travail, contrôle de l’utilisation des liquides et des équipements de soudure. Si ces conditions n’étaient pas réunies au dépôt 5 de Koumassi la nuit du 5 au 6 septembre, l’enquête ouverte devra le dire clairement.
Ce qui est certain à ce stade est que trois incendies en onze mois dans les dépôts de la SOTRA ne peuvent plus être traités comme des incidents isolés relevant de la malchance ou de la fatalité. Ils constituent une série qui dit un problème systémique de sécurité du patrimoine de la principale entreprise publique de transport urbain d’Abidjan. La réponse ne peut pas se limiter à une enquête sur le dernier incendie en date. Elle doit comprendre un audit complet de tous les dépôts de la SOTRA sur les normes de sécurité incendie, un plan d’investissement dans les systèmes de prévention et de détection et une révision des protocoles de maintenance nocturne. Sans cette réponse systémique, le prochain communiqué rassurant de la SOTRA n’aura d’autre mérite que de constater les dégâts du quatrième incendie.
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