Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mardi 8 septembre 2026 à 10 heures, Ahmadou Al Aminou Lo a pris la parole devant l’Assemblée nationale sénégalaise pour sa Déclaration de politique générale. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, l’a accueilli avec des félicitations protocolaires avant de donner le top départ d’une séance organisée en deux tours de parole conformément au décret n° 2026-1530 du 24 août signé par le président Diomaye Faye. PASTEF disposait de 188,5 minutes de temps de parole au total. Takku-Wallu Sénégal et les non-inscrits de 26 minutes chacun. Cette répartition arithmétique dit ce que la DPG était en réalité : une confrontation entre Al Aminou Lo et les 130 députés de son ancien patron dont chaque minute était une opportunité de chercher les failles du gouvernement.
Al Aminou Lo n’a pas mâché ses mots. Sa franchise a frappé dès les premières déclarations : nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026. Cette phrase dit ce que peu de chefs de gouvernement acceptent de dire à un parlement hostile. Elle dit aussi que le Premier ministre a choisi la vérité brutale plutôt que le confort des promesses. Il a posé d’emblée les principes directeurs de son action en s’appuyant sur la distinction du sociologue Max Weber entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité. Le cap sera maintenu, mais la méthode sera revue. Ces mots résument l’équilibre qu’Al Aminou Lo cherche à tenir : fidélité aux convictions de Diomaye Faye tout en mesurant les conséquences de chaque décision sur la vie quotidienne des Sénégalais, l’économie nationale et les relations internationales.
Sur l’accord FMI conclu le 1er septembre pour 2,2 milliards de dollars, Al Aminou Lo a répondu directement aux accusations de capitulation portées par Sonko depuis son meeting de Touba : je vous jure qu’on n’a rien concédé sur les intérêts du Sénégal. Cette phrase dit la bataille politique que le Premier ministre mène simultanément sur deux fronts. Face aux partenaires financiers internationaux, il doit démontrer que l’accord sera honoré et que la restructuration de la dette dans le cadre commun du G20 sera conduite sérieusement. Face à PASTEF et à son aile souverainiste, il doit démontrer que cet accord n’est pas une capitulation mais une nécessité pragmatique au service de l’intérêt national. Il a également annoncé une réforme graduelle des subventions à l’énergie, sujet brûlant dans un pays où les délestages avaient mobilisé les Sénégalais dans les rues le week-end précédant la DPG.
Al Aminou Lo a recadré les parlementaires en rappelant que son gouvernement n’est comptable que de trois mois d’action sur un cycle de vingt-sept mois et a critiqué la personnalisation excessive des débats. Il a rejeté l’idée que le gouvernement soit seul responsable des vingt-quatre mois passés en rappelant que le président de la République définit la politique de la nation et que c’est un travail d’équipe. Cette formule visait directement Sonko qui avait été Premier ministre pendant ces vingt-quatre mois. Le commentateur politique Mamoudou Ibra Kane a rappelé dans son analyse que le Premier ministre avait lui-même cité la formule Diomaye mòy Sonko et Sonko mòy Diomaye pour pointer cette co-responsabilité indivisible. Mamoudou Ibra Kane a jugé le discours globalement inquiétant tout en saluant plusieurs points de consensus : la condamnation du discours xénophobe, le plaidoyer pour une loi de programmation militaire, le coup de gueule adressé à BP sur le GNL et la volonté affichée de réduire le train de vie de l’État.
L’opposition classique représentée par Abdou Mbow de la coalition Benno Bokk Yakaar a reproché au gouvernement son incapacité à répondre à la vie chère avec des prix du riz, de l’huile, du pain et du loyer en hausse continue. Guy Marius Sagna, député PASTEF, a livré une critique virulente et annoncé une nouvelle plainte contre Macky Sall sur le dossier des ressources naturelles. Ces réactions dit l’ampleur des attentes insatisfaites que cette DPG devait adresser dans un pays dont la dette publique avoisine 100 % du PIB et dont le service de la dette absorbe 23,7 % des recettes de l’État.
La vraie question que cette DPG laisse ouverte est celle de Sonko. Ayib Daffé, cadre de PASTEF, avait déclaré le 1er septembre que la motion de censure n’était pas à l’ordre du jour. Ce signal avant la DPG disait que PASTEF ne voulait pas déclencher automatiquement l’arme nucléaire. Après quatre heures de débat, la motion n’a pas été déposée. Sonko a ouvert la séance. Il a géré le temps de parole. Il a écouté. Et il n’a pas tiré. Ce non-geste est une information politique majeure. Il dit que Sonko préfère pour l’instant garder son arme chargée et surveiller les actes du gouvernement plutôt que de faire tomber un Premier ministre dont la DPG vient de poser des jalons précis et vérifiables. Le pragmatisme d’Al Aminou Lo achète du temps. Il n’achète pas la paix. Mais pour un gouvernement qui gouverne sans majorité parlementaire, le temps est déjà une victoire.
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