Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des campagnes électorales qui se gagnent dans l’adversité. Et il y en a d’autres, plus rares, qui se gagnent dans l’évidence. Celle de Yacine Idriss Diallo pour sa réélection à la présidence de la Fédération Ivoirienne de Football appartient à la deuxième catégorie. Ce mercredi 2 septembre 2026, dans la grande salle des fêtes du Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, le président sortant a officiellement lancé sa campagne électorale dix jours avant le scrutin du 12 septembre à Yamoussoukro. Sans adversaire déclaré. Sans tension. Avec la sérénité de celui qui n’a pas à convaincre mais à inspirer. Et pourtant, YID a choisi de faire campagne. Vraiment.
La formule qu’il a choisie pour ouvrir ce nouveau cycle dit tout sur la façon dont il pense le pouvoir. En 2022, c’était Rassembler pour Développer. Pour 2026-2030, si vous le permettez, nous allons entamer le cycle Transformer pour durer. Ce glissement de vocabulaire n’est pas cosmétique. Il dit quelque chose de précis sur la nature de ce deuxième mandat tel que YID le conçoit. Rassembler, c’était le travail de la reconstruction après la crise institutionnelle qui avait conduit la FIF sous tutelle d’un Comité de normalisation. Ce travail est fait. Les fractures sont cicatrisées. Malick Tohé et lui ont dansé ensemble lors du dépôt de candidature du 10 août. Souleymane Cissé et Ibrahim Diallo ont renoncé sans amertume. La maison est unie. Il peut maintenant parler de transformation.
Transformer pour durer dit que YID a compris quelque chose que beaucoup de dirigeants sportifs africains n’ont pas encore compris : la consolidation sans transformation devient de la stagnation. Un président qui revient pour gérer ses acquis perd rapidement le sens de l’urgence qui avait produit ces acquis. YID dit qu’il revient pour franchir une nouvelle étape. Et son programme articulé autour de six axes majeurs dit qu’il sait précisément de quelle étape il s’agit.
La campagne elle-même est un acte politique en soi. Alors que rien ne l’obligeait à quitter Abidjan, YID a entamé le jeudi 3 septembre une tournée nationale dans cinq capitales régionales. Abengourou d’abord, où le maire Hervé Patrick Adom l’a reçu le vendredi 4 septembre. Korhogo. Bouaké. Gagnoa. Yamoussoukro enfin, où le 12 septembre se tiendra le scrutin. Ce déplacement dit quelque chose d’essentiel sur la conception que YID a de son mandat. Un président de fédération qui va voir les clubs en région, qui écoute les doléances des dirigeants locaux, qui note les problèmes des équipes de Division 3 de l’intérieur du pays, dit que la FIF n’est pas une institution abidjanaise qui gère le football ivoirien depuis le Boulevard Latrille. C’est une maison dont la salle de séjour est à Yamoussoukro, à Abengourou, à Gagnoa. Cette itinérance de campagne, même sans adversaire, est un acte de gouvernance.
À Abengourou, les clubs de l’Est ont exprimé leurs inquiétudes sur les subventions. YID a répondu avec des chiffres précis qui disent que ce deuxième mandat sera celui de la montée en gamme financière. Les subventions seront portées à 140 millions de FCFA pour les clubs de Ligue 1 contre 100 millions actuellement. 70 millions pour la Ligue 2 contre 50 millions. 40 millions pour la Division 3 contre 30 millions. 15 millions pour la Division 1 féminine. 20 millions pour les groupements d’intérêt. Ces chiffres disent la cohérence d’un homme qui a doublé les subventions lors de son premier mandat et qui promet une nouvelle revalorisation de 40 % pour la Ligue 1 dans le second. Mais il a aussi posé une condition que ses prédécesseurs n’avaient pas toujours exigée : l’autonomie financière des clubs à l’horizon 2030. Nous voulons que les clubs ne dépendent plus uniquement de la Fédération. Cette phrase est une rupture dans l’histoire des subventions FIF. Elle dit que le modèle de la dépendance structurelle doit être remplacé par un modèle de cofinancement où la FIF soutient des clubs qui génèrent leurs propres revenus plutôt que de distribuer une rente qui entretient l’inertie.
Le programme Transformer pour durer repose sur six axes dont deux méritent une attention particulière pour ce qu’ils disent sur la vision du football ivoirien à l’horizon 2030. Le premier est la modernisation des compétitions avec la refonte complète de l’expérience dans les stades. La généralisation de la billetterie numérique, le lancement de la plateforme FIFTV, la diffusion des matchs sur l’ensemble du territoire : ces mesures disent que YID veut faire du football ivoirien un produit médiatique et commercial, pas seulement un spectacle sportif gratuit consommé dans des stades à moitié vides. Un match de Ligue 1 ivoirienne qui se regarde sur une plateforme numérique depuis Bouaké, Korhogo ou la diaspora ivoirienne à Paris, c’est une révolution dans le rapport des supporters ivoiriens à leur championnat. Le deuxième axe est la formation. YID veut accélérer le développement des académies, renforcer les championnats de jeunes et structurer davantage la chaîne de formation qui produit les talents que les clubs européens recrutent à prix d’or. Yann Diomandé au Real Madrid. Habibou Ouédraogo à l’Olympique de Marseille. Ces transferts historiques de l’été 2026 disent que le football ivoirien produit des talents exportables. YID veut que la FIF capture davantage de la valeur que ces talents génèrent plutôt que de les voir partir sans compensation significative pour les clubs formateurs.
Ce programme arrive dans un calendrier sportif qui dit son urgence. Les Éliminatoires de la CAN 2027 ont débuté ce mois de septembre sous la direction d’Hervé Renard. Les Éléphanteaux champions d’Afrique U18 doivent se préparer pour le Mondial U19 2027 en République tchèque. Les Éléphantes qui ont brillé à la CAN Féminine Maroc 2026 ont besoin d’une fédération investie dans leur développement pour préparer les prochains Éliminatoires. Et le match amical Côte d’Ivoire-Cameroun du 3 octobre à Ebimpé sera le premier test d’un Renard qui a besoin d’une institution stable et ambitieuse derrière lui pour construire la route vers la quatrième étoile.
YID entre dans ce deuxième mandat avec quelque chose que les chiffres ne mesurent pas entièrement : la légitimité du succès. Il a promis la CAN 2023 sur sol ivoirien et il l’a livrée. Il a promis la qualification pour le Mondial 2026 et les Éléphants ont qualifié sans une seule défaite avec 26 points. Il a promis de faire du football ivoirien un projet collectif et Malick Tohé a dansé avec lui devant les caméras le 10 août. Les promesses tenues sont la monnaie la plus précieuse en politique sportive. Elles disent que quand YID parle de Transformer pour durer, ce n’est pas un slogan. C’est un engagement dont il a déjà prouvé qu’il savait honorer les précédents.
Le 12 septembre à 10 heures, dans la salle C de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix à Yamoussoukro, 89 membres votants du collège électoral de la FIF se prononceront. YID est le seul candidat. Mais il a fait campagne comme s’il avait dix adversaires à battre. Cette manière de respecter ses électeurs même sans concurrence dit ce que YID est comme dirigeant : un homme qui croit que la confiance se mérite à chaque scrutin, pas seulement au premier. Yamoussoukro lui donnera samedi ce qu’Abidjan, Abengourou, Korhogo, Bouaké et Gagnoa ont déjà dit en silence : le football ivoirien a trouvé son homme pour la décennie.
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