Par La Rédaction | ementor.net
Le Conseil national de sécurité réuni le 23 juillet 2026 au Palais présidentiel d’Abidjan sous la présidence du chef de l’État Alassane Ouattara a rendu public le bilan quinquennal du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal depuis sa création en 2021. En cinq ans et demi d’opérations, le GS-LOI a démantelé plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal sur l’ensemble du territoire national, interpellé 4 474 personnes, saisi plus de 960 millions de FCFA en numéraire, environ 136 kilogrammes d’or et plusieurs équipements lourds utilisés sur les sites clandestins. Ces chiffres disent deux choses simultanément : l’ampleur du phénomène et l’ampleur de la réponse. Les deux sont considérables.
Pour comprendre ce que représente l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire, il faut regarder sa géographie et sa sociologie. Le phénomène est concentré dans les régions du centre, de l’ouest et du nord du pays qui abritent les gisements d’or les plus importants. Les régions du Hambol, du Béré, du Bafing, du Tonkpi, du Kabadougou et du Folon sont les plus touchées. Ces zones sont souvent reculées, peu densément peuplées par les communautés locales sédentaires, et difficilement accessibles pour les forces de sécurité. La nature même du terrain, zones forestières denses, cours d’eau nombreux, pistes non asphaltées, facilite les opérations illégales et complique les interventions. Les sites d’orpaillage illégal fonctionnent souvent la nuit ou en alternance entre plusieurs lieux pour échapper aux patrouilles.
La dimension humaine de ce phénomène est tout aussi préoccupante. Les orpailleurs illégaux, qu’on appelle localement les galamsi en référence au terme ghanéen, sont pour une large part des migrants économiques venus de pays voisins. La Guinée, le Mali, le Burkina Faso et le Ghana fournissent la majorité de cette main-d’œuvre qui accepte les conditions les plus dures, travail au mercure sans protection, heures indéfinies, absence de droits légaux, en échange d’une part des revenus extraits. Ces travailleurs sont à la fois victimes d’un système d’exploitation documenté et acteurs d’une destruction environnementale dont les conséquences affectent directement les populations locales ivoiriennes. Les rivières polluées au mercure des régions aurifères ivoiriennes ne pourront pas être dépollués en une génération.
Les 136 kilogrammes d’or saisis par le GS-LOI depuis 2021 représentent en valeur marchande, aux cours de juillet 2026 où l’or se négocie autour de 95 000 dollars le kilogramme, environ 13 millions de dollars. Cette somme est à la fois significative comme résultat des saisies et marginale par rapport à l’ampleur estimée du marché illégal. Des études sectorielles estiment que des dizaines voire des centaines de kilogrammes d’or illégal quittent la Côte d’Ivoire chaque année via des circuits clandestins vers les pays voisins, notamment la Guinée et le Mali, avant d’être intégrés dans les circuits formels d’exportation. Ce flux illicite représente un manque à gagner fiscal considérable pour l’État ivoirien et alimente des réseaux criminels transnationaux dont certains ont des connexions avec des groupes armés sahéliens.
Face à la persistance du fléau malgré les résultats du GS-LOI, le chef de l’État a demandé un renforcement du dispositif notamment à travers une meilleure coordination entre les autorités locales, les forces de sécurité et les pays d’origine des exploitants étrangers. Cette dernière formulation est la plus politiquement chargée du bilan présenté au CNS. Elle dit que la solution au problème de l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire ne peut pas être entièrement nationale. Elle requiert une coopération avec la Guinée, le Mali, le Burkina et le Ghana pour tarir le flux de main-d’œuvre et d’équipements qui alimentent les sites clandestins. Or dans le contexte actuel où les relations avec le Mali et le Burkina sont au plus bas depuis les coups d’État et la rupture avec la CEDEAO, cette coopération est précisément ce qui est le plus difficile à obtenir. La lutte contre l’orpaillage illégal est donc aussi une victime collatérale de la fragmentation politique régionale.
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