Par La Rédaction | Lementor.net
Ce samedi 6 juin, Ousmane Sonko a été officiellement élu président de PASTEF-Les Patriotes lors du premier congrès de l’histoire du parti. La cérémonie avait la solennité des actes fondateurs. Et la phrase qu’il a prononcée à l’issue de ce congrès en dit plus sur l’état du Sénégal politique que n’importe quel communiqué officiel : « Il est clair que désormais le président est dans son camp et nous sommes dans le nôtre. »
Cette phrase est une déclaration de guerre froide. Pas une guerre des armes, pas une confrontation dans la rue. Mais une guerre des institutions, une bataille pour la définition de la légitimité démocratique au Sénégal. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye, président de la République, qui a formé un gouvernement sans le parti majoritaire à l’Assemblée nationale et qui gouverne avec des technocrates et des alliés de circonstance. De l’autre, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et désormais président officiel de PASTEF, qui dispose de 130 des 165 sièges du Parlement et qui n’a aucune raison institutionnelle d’épargner un gouvernement dont il n’est pas partie prenante.
Le congrès a également tranché la question des cinq ministres qui avaient accepté des portefeuilles malgré le mot d’ordre du COMEX. La section de Bignona avait déjà exclu Yankhoba Diémé, ministre des Forces armées. Le congrès devait décider si ces exclusions locales étaient entérinées au niveau national ou si une issue plus nuancée était trouvée. Le fait que Sonko ait prononcé cette phrase fracassante sur les « deux camps » suggère que la ligne dure a prévalu. Les militants qui ont choisi le gouvernement avant le parti sont désormais dehors, ou en sursis.
Ce qui se joue dans les semaines à venir est d’une portée considérable pour la démocratie sénégalaise. Al Aminou Lo doit obtenir la confiance de l’Assemblée dans un délai de trois mois. Si PASTEF vote contre, le gouvernement tombe. Si PASTEF s’abstient ou se divise, le gouvernement survit mais dans une fragilité permanente. Et si Diomaye dissout l’Assemblée après novembre 2026, le Sénégal retourne aux urnes dans un contexte de rupture consommée entre les deux figures qui ont porté ensemble la révolution démocratique de 2024. L’histoire de ce pays s’écrit à une vitesse que ses propres acteurs peinent à suivre.
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