Par La Rédaction | Lementor.net
Le Conseil du Café-Cacao a officialisé le 5 août 2026 la clôture définitive de son programme de rachat des 100 000 tonnes de cacao inventoriées auprès des coopératives agréées. 280 milliards de FCFA engagés. 1 400 coopératives concernées. Le programme est bel et bien terminé. La formule du communiqué est sans ambiguïté. Elle clôt un chapitre singulier de l’histoire de la première filière agricole ivoirienne. Mais elle ne clôt pas toutes les questions que ce chapitre a ouvertes.
Ce programme avait été lancé en urgence entre le 12 et le 18 janvier 2026 après une crise sans précédent sur les marchés mondiaux. Les cours du cacao avaient chuté de plus de 70 % depuis leurs sommets historiques de fin 2024. Les stocks s’accumulaient dans les zones de production. Les coopératives ne pouvaient plus écouler leurs fèves. Le gouvernement avait instruit le CCC de racheter 100 000 tonnes de cacao inventoriées au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme pour éviter la paralysie de la filière. Pour faciliter l’écoulement des volumes non concernés par le programme, la campagne intermédiaire avait été avancée d’un mois, ouverte le 1er mars 2026 au lieu du 1er avril. Ces deux décisions combinées avaient permis de désengorger partiellement le marché intérieur et de sécuriser les revenus des planteurs pendant les mois les plus difficiles de la crise.
L’annonce du 5 août vise un objectif précis. À l’approche de la campagne 2026-2027, des coopératives et des responsables syndicaux réclamaient un nouveau rachat de cacao au même prix de 2 800 FCFA le kilogramme, affirmant que leurs stocks n’avaient pas tous été absorbés par le programme. Le CCC rejette ces demandes sans détour en les qualifiant de revendications sans fondement. Cette mise au point dit que le régulateur refuse de transformer un mécanisme d’urgence en dispositif permanent et veut entrer dans la nouvelle campagne sans le poids d’un contentieux hérité de la précédente.
La réalité sur le terrain est plus nuancée. Des coopératives affirment n’avoir jamais pu écouler la totalité de leurs fèves malgré le programme. Ce contentieux entre le CCC et une partie des acteurs de la filière dit les limites d’une opération conçue dans l’urgence avec des critères d’éligibilité qui n’ont pas couvert l’intégralité des stocks bloqués. Le volume réel racheté selon plusieurs sources aurait atteint 123 000 tonnes, dépassant l’objectif initial de 100 000 tonnes, ce qui dit que l’opération a été élargie en cours d’exécution sans que la communication publique ne soit entièrement cohérente avec cette réalité.
Le CCC appelle désormais les intervenants à se mobiliser sur les prochains défis du secteur. Deux en particulier concentrent l’attention. La Carte du producteur d’abord, qui vise à enregistrer et géolocaliser chaque planteur pour établir la traçabilité individuelle de la production. Le Règlement européen sur la déforestation ensuite, qui impose que tout cacao importé en Europe soit certifié sans déforestation. La Côte d’Ivoire envoie une part significative de sa production vers le marché européen. Démontrer que chaque tonne exportée ne provient pas de terres déforestées après le 31 décembre 2020 est une obligation dont le non-respect fermerait des marchés que la Côte d’Ivoire ne peut pas se permettre de perdre.
Ces deux chantiers sont d’une nature radicalement différente de la gestion d’une crise de stocks. La crise de janvier 2026 était une urgence conjoncturelle que 280 milliards de FCFA ont permis de traiter. La déforestation et la traçabilité sont des défis structurels permanents qui demandent des investissements dans les données, les outils numériques et la formation des producteurs sur le long terme. Le CCC a tourné la page du programme de rachat. La filière ivoirienne a maintenant les deux mains libres pour regarder devant. Le marché européen attend de voir ce qu’elle en fera.
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