La rédaction | Lementor.net
Le mardi 21 avril 2026, Hervé Delmas Kokou, directeur exécutif d’Amnesty International Côte d’Ivoire, a présenté à Abidjan le rapport annuel 2025-2026 de l’organisation. Le bilan est nuancé. Ni réquisitoire total, ni satisfecit. Une photographie honnête d’un pays qui progresse sur le papier, mais qui peine encore à traduire ses engagements en pratiques concrètes.
Sur le plan des avancées, Amnesty reconnaît que le cadre juridique ivoirien s’est considérablement renforcé depuis l’adoption de la Constitution de 2016. La liberté d’expression, la liberté de manifestation et la protection des défenseurs des droits humains sont désormais consacrées constitutionnellement. Une loi spécifique protège les défenseurs des droits humains, assortie d’un décret d’application. Le code pénal, révisé en 2024, a renforcé les sanctions contre les actes de torture commis par des agents de l’État. Un Observatoire national de la détention est en cours de mise en place. Et un nouveau Médiateur de la République, Gaoussou Touré, a prêté serment en avril 2026 devant le Conseil constitutionnel.
Mais le rapport pointe des insuffisances qui persistent. Durant la période électorale de 2025, les autorités ont restreint l’espace civique. Des candidatures de l’opposition, dont celles de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam, ont été invalidées par le Conseil constitutionnel en septembre 2025. Des manifestations ont été limitées. Le journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpé, réfugié en Côte d’Ivoire, a été arrêté à Abidjan en juillet 2025 et remis aux autorités béninoises pour des accusations d’incitation à la rébellion et à la haine. Le cybermilitant Soro Tangboho, alias Carton noir, a été condamné à un an de prison pour troubles à l’ordre public, une affaire que plusieurs observateurs qualifient de poursuite politique. Sur le terrain social, des milliers de familles expulsées de force à Abidjan en 2024, notamment dans le quartier Gesco Rivière, attendent toujours les mesures d’indemnisation promises. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage a, de son côté, pointé en 2025 la persistance du travail des enfants dans l’orpaillage artisanal, l’agriculture et le travail domestique.
Une ordonnance gouvernementale adoptée en juin 2025, présentée comme un outil de lutte contre la criminalité transnationale organisée, contraint désormais les organisations de la société civile à soumettre des rapports d’activités annuels et à se soumettre à des contrôles. Elle ouvre également la voie à leur dissolution par décret sans mécanisme d’appel. Plusieurs ONG ivoiriennes ont dénoncé une menace déguisée contre la liberté d’association.
Amnesty International a appelé les populations à documenter davantage les violations des droits humains et à collaborer activement avec l’organisation. Ce rapport intervient au moment où la nomination d’un militant déclaré du RHDP à la tête du Conseil national des droits de l’homme est contestée par le PPA-CI devant les instances internationales, ajoutant une couche de tension supplémentaire à un paysage institutionnel déjà sous surveillance.
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