La rédaction | Lementor.net
Ce lundi matin à Yamoussoukro, pendant que Bamako comptait ses morts et ses généraux blessés, les sénateurs ivoiriens débattaient de croissance, d’investissement et d’avenir. Cette image dit tout sur l’état des deux pays et sur les choix qui font la différence sur le long terme.
Le Plan national de développement 2026-2030 passe aujourd’hui devant la chambre haute. Après le vote unanime de l’Assemblée nationale le 19 avril dernier, c’est la dernière étape parlementaire avant que ce document ne devienne la feuille de route officielle du pays pour les cinq prochaines années. 114 838 milliards de francs CFA. Sept clusters sectoriels. Huit cent dix projets identifiés. Une croissance visée à 7,2% en moyenne sur la période. Et une ambition centrale que le gouvernement porte depuis le début de l’année : hisser la Côte d’Ivoire au rang de pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.
Ce qui distingue ce PND de ses prédécesseurs, c’est le pari assumé sur le secteur privé. L’État ne peut pas tout financer seul et il ne le prétend pas. La stratégie repose sur un effet de levier : des investissements publics structurants qui ouvrent la voie aux capitaux privés, nationaux et internationaux. L’installation du quartier général africain de CMA-CGM à Abidjan la semaine dernière illustre exactement cette logique. Les grandes entreprises mondiales ne viennent pas par hasard. Elles viennent parce que le cadre est lisible, stable, et que les projets annoncés donnent de la visibilité à leurs propres investissements.
Le PND pose aussi des défis que le gouvernement ne cache pas. La transformation locale des matières premières reste insuffisante, le cacao part encore trop souvent brut vers l’Europe. Les disparités régionales persistent entre le sud urbanisé et les régions de l’intérieur qui attendent toujours des routes bitumées, des centres de santé équipés, des écoles fonctionnelles. Et la mobilisation effective des 114 838 milliards dépendra d’une gouvernance rigoureuse : un suivi sérieux, des appels d’offres transparents, des résultats mesurables publiés.
Ces questions ne sont pas des critiques. Ce sont les conditions du succès. Un plan ambitieux sans mécanisme de contrôle reste un catalogue de bonnes intentions. Avec un Sénat qui joue son rôle, une société civile qui suit, des partenaires internationaux qui regardent, ce PND a toutes les chances de devenir autre chose.
Et puis il y a CMA-CGM qui arrive, Zenith Bank qui ouvre mercredi, le Terminal 1 du port d’Abidjan en jeu. Ce n’est pas un hasard. C’est le résultat d’une décennie de travail et la promesse que la prochaine en sera une autre.
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