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Il y a des ministres qui s’installent. Et il y a des ministres qui arrivent avec une lampe torche, descendent sur le terrain et disent tout haut ce que tout le monde savait tout bas. Kallil Konaté, nommé à la tête du ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, appartient visiblement à la seconde catégorie.
En quelques mois à peine, le ministre a posé un diagnostic sans complaisance sur l’un des secteurs les plus stratégiques et les plus négligés de l’économie ivoirienne. Ses déplacements successifs sur le site de l’Office d’aide à la commercialisation des produits vivriers d’Abobo PK18 le 22 avril 2026, puis dans les marchés de Treichville et d’Adjamé le lendemain, notamment au Forum des marchés et au marché moderne Farikou Soumahoro, lui ont fourni la matière première de sa réforme : la réalité du terrain, brute et sans filtre.
Le premier chantier est foncier et il est colossal. L’OCPV, structure créée en 1984 et dont les textes ont été révisés en 2023, disposait à l’origine d’un domaine de plus de 72 hectares sur le site d’Abobo PK18. Il n’en contrôle aujourd’hui qu’une fraction. Le reste a été progressivement occupé de manière irrégulière au fil des années, dans ce mélange d’indifférence institutionnelle et de laisser-aller foncier qui a coûté à l’État ivoirien des dizaines de sites stratégiques depuis l’indépendance. Kallil Konaté ne l’accepte pas. Il a annoncé des actions judiciaires pour récupérer les parcelles squattées et exclu catégoriquement toute idée de relocalisation du site. PK18 reste PK18. Le message est clair : l’État reprend ce qui lui appartient.
Ce que Konaté veut construire sur ces 72 hectares dépasse la simple question foncière. Son ambition est de transformer le site en un pôle agroalimentaire moderne, doté d’infrastructures de stockage, de conservation et de distribution capables d’assurer l’approvisionnement en produits vivriers du Grand Abidjan, dont la population est estimée entre 7 et 10 millions d’habitants selon les sources. Cette mégalopole de l’Afrique de l’Ouest souffre depuis des années d’une chaîne logistique défaillante entre les zones de production agricole et les marchés de consommation urbains. Les pertes post-récolte, estimées entre 20 et 40% selon les filières, représentent un gâchis économique et alimentaire considérable que ni les producteurs ni les consommateurs ne peuvent se permettre. Un centre logistique performant à PK18 est précisément la réponse structurelle à ce problème.
Les visites dans les marchés de Treichville et d’Adjamé ont complété ce diagnostic de terrain. Le ministre y a reconnu des avancées notables, notamment la réalisation du marché moderne Farikou Soumahoro à Adjamé, mais il a aussi identifié des insuffisances qui nécessitent des réponses précises dans sa future stratégie. Ces insuffisances sont connues de tous les commerçants qui exercent dans ces marchés : problèmes d’hygiène, d’organisation des flux, d’encombrement des voies d’accès, de gestion des ordures et de cohabitation entre commerce formel et informel.
Pour y répondre, le ministre annonce la mise en place d’un plan directeur destiné à structurer durablement le secteur commercial ivoirien. Ce plan s’articule avec le programme de construction de 155 marchés de proximité actuellement en cours dans le pays, une initiative nationale dont l’OCPV sera l’un des acteurs de coordination. Le directeur de l’office, Gnenyé Adou Bernard, dont le ministre a salué le travail dans l’encadrement de la commercialisation des produits vivriers, se voit ainsi confier un rôle élargi dans le déploiement de cette stratégie nationale.
Ce que Kallil Konaté esquisse en quelques semaines d’action est en réalité une réforme à trois étages. Le premier est judiciaire et foncier : reprendre PK18 par les voies légales. Le deuxième est infrastructurel : bâtir le pôle agroalimentaire et les 155 marchés de proximité. Le troisième est systémique : refondre la chaîne d’approvisionnement du Grand Abidjan pour réduire les pertes, améliorer les revenus des producteurs et stabiliser les prix à la consommation. C’est un programme ambitieux. Il sera jugé sur ses résultats dans les prochains mois.
Pour l’heure, le signal envoyé est le bon. Un ministre qui descend sur le terrain avant de décider depuis son bureau est déjà un ministre différent. Les marchés d’Abidjan attendent la suite.
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