La rédaction | Lementor.net
Ce mercredi 29 avril 2026, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a franchi un cap décisif. Paris exhorte officiellement ses ressortissants présents au Mali à organiser un départ temporaire dès que possible en empruntant les liaisons commerciales encore disponibles. Tout déplacement vers le Mali est désormais formellement déconseillé, quelle qu’en soit la raison. Les Français toujours sur place sont invités à limiter strictement leurs sorties, à rester à domicile autant que possible et à maintenir un contact régulier avec leurs proches.
Cette décision n’est pas anodine. Elle dit en langage diplomatique ce que les faits disent en langage militaire : le Mali n’est plus sûr, y compris dans sa capitale. Et quand la France, pays qui connaît le Mali mieux que quiconque pour y avoir déployé des milliers de soldats pendant une décennie, donne cet ordre à ses ressortissants, le signal adressé à la communauté internationale est d’une clarté absolue.
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu humain. Environ 4 200 Français sont officiellement enregistrés au Mali, auxquels pourraient s’ajouter près de 3 000 non-inscrits. Une large majorité de cette communauté est composée de binationaux résidant principalement à Bamako. Ces hommes et ces femmes, pour beaucoup enracinés depuis des années dans le tissu économique et social malien, doivent désormais organiser leur départ dans un contexte où les liaisons aériennes commerciales restent disponibles mais fragiles. L’aéroport international de Bamako, qui avait été visé lors des attaques du 25 avril, a repris ses opérations. Combien de temps cette fenêtre restera-t-elle ouverte ? Personne ne le sait.
L’alerte française intervient dans le prolongement direct des attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. Le JNIM et le FLA ont frappé simultanément Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti dans une offensive sans précédent depuis 2012. Le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué dans l’explosion de sa résidence à Kati. Kidal est passée sous le contrôle du FLA après le retrait négocié des forces maliennes et des mercenaires russes d’Africa Corps. Quatre villes stratégiques du nord et du centre du pays ont été perdues en quarante-huit heures.
Face à cette situation, le général Assimi Goïta a finalement brisé son silence le 28 avril, trois jours après les attaques, lors d’une intervention à la télévision nationale. Il a reconnu la gravité de la situation tout en assurant qu’elle demeurait sous contrôle. Cette apparition tardive, trois jours après les attaques les plus graves depuis 2012, a été analysée par les observateurs comme un signal de fragilité autant que de résilience. Un chef d’État en pleine maîtrise de la situation ne disparaît pas soixante-douze heures. Un chef d’État qui a survécu à une tentative de déstabilisation réapparaît pour dire qu’il est là.
Le paradoxe malien de ce 29 avril 2026 est saisissant. C’est la France, le pays que la junte d’Assimi Goïta a expulsé de son territoire en 2022 avec une hostilité assumée, le pays dont les soldats de l’opération Barkhane avaient pendant dix ans protégé les mêmes villes que le JNIM et le FLA viennent de prendre, qui ordonne maintenant à ses ressortissants de fuir ce même Mali que la junte prétendait avoir libéré de la tutelle française. La ironie de l’histoire n’a jamais été aussi cruelle ni aussi lisible.
Le couvre-feu de 21h à 6h reste en vigueur dans le district de Bamako. Les opérations militaires se poursuivent dans plusieurs zones. Le bilan humain officiel n’a toujours pas été publié dans sa totalité. Et pendant que Paris recommande à ses ressortissants de partir, la question qui hante toutes les chancelleries de la sous-région reste sans réponse claire : qui dirige vraiment le Mali aujourd’hui, et avec quels moyens ?
Leave a comment