La rédaction | Lementor.net
Ce mercredi 29 avril 2026, à l’Avenue Noguès au Plateau, dans les locaux de la SCI Wall Street, une banque nigériane ouvre ses portes pour la première fois en Afrique francophone. Zenith Bank Côte d’Ivoire démarre officiellement ses opérations. Ce n’est pas une simple ouverture d’agence. C’est l’entrée d’une institution de 15,6 milliards de dollars de bilan dans un espace économique qu’elle n’a jamais occupé jusqu’ici.
Pour comprendre ce que représente cet événement, il faut d’abord comprendre qui est Zenith Bank. Fondée en 1990 à Lagos par Jim Ovia, elle est aujourd’hui la troisième banque du Nigeria par la taille du bilan. Pendant seize années consécutives, elle a maintenu le niveau de fonds propres Tier 1 le plus élevé du secteur bancaire nigérian. En 2025, ses revenus ont atteint l’équivalent de 3,07 milliards de dollars. Elle est déjà présente au Ghana, en Sierra Leone, en Gambie, au Royaume-Uni, en France depuis 2024, aux Émirats arabes unis et en Chine. Et depuis quelques semaines, au Kenya, après l’acquisition de Paramount Bank. Abidjan est donc la dernière pièce d’une expansion continentale très méthodique.
Ce qui distingue cette implantation des ouvertures bancaires ordinaires, c’est la cible que Zenith Bank s’est choisie. La filiale ivoirienne ne vise pas le grand public. Elle se concentre sur la banque d’entreprise, le financement du commerce international, les services bancaires offshore et les solutions financières structurées pour les groupes opérant entre l’Afrique et le reste du monde. En clair, elle vient chercher les grandes PME ivoiriennes et les multinationales qui ont besoin d’un pont entre la zone UEMOA et les marchés anglophones — Nigeria, Ghana, Kenya, Londres, Dubaï. C’est un positionnement précis, dans un segment où les banques ivoiriennes existantes sont moins présentes.
La direction de la filiale a été confiée à Cédric Tano, banquier ivoirien avec plus de vingt ans d’expérience. Ce choix n’est pas anodin. Zenith Bank n’arrive pas en pays conquis avec des expatriés nigérians. Elle arrive avec un profil local à sa tête, quelqu’un qui connaît le marché, les réseaux, les contraintes réglementaires de la zone UEMOA. C’est une stratégie d’implantation intelligente.
Le marché bancaire ivoirien que Zenith Bank rejoint est l’un des plus dynamiques d’Afrique subsaharienne. Trente-trois établissements se partagent aujourd’hui une place qui concentre 35,6% des actifs bancaires de toute la zone UEMOA. La Côte d’Ivoire est le premier marché bancaire francophone d’Afrique de l’Ouest. Celui qui s’y installe avec les bons arguments dispose d’une plateforme pour rayonner sur tout le Sénégal, le Mali, le Burkina, le Bénin et les autres pays de l’union.
C’est précisément l’ambition affichée. Abidjan n’est que le point d’entrée. Le groupe a déjà entamé les démarches pour s’implanter dans la zone CEMAC, avec le Cameroun comme prochain ancrage. La logique est celle d’un réseau en construction, qui relie progressivement les économies anglophones et francophones du continent, avec Abidjan comme pivot francophone et Lagos comme base anglophone.
Pour la Côte d’Ivoire, cette arrivée dit quelque chose de concret sur sa position dans l’économie régionale. Les banques ne s’installent pas dans des pays au hasard. Elles vont là où la croissance est réelle, le cadre réglementaire lisible et le potentiel de clientèle suffisant. CMA-CGM la semaine dernière. Zenith Bank aujourd’hui. La liste de ceux qui choisissent Abidjan continue de s’allonger.
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