La rédaction | Lementor.net
Ce lundi 27 avril 2026, la section antiterroriste du tribunal d’Abidjan a rendu son verdict dans l’affaire Kafolo. Six ans après la nuit du 10 au 11 juin 2020 — cette nuit où un commando d’une trentaine d’hommes venus du Burkina Faso avait pris d’assaut le poste de contrôle militaire de Kafolo, dans le nord-est du pays, tuant 14 soldats ivoiriens — la justice ivoirienne a dit ce qu’elle avait à dire. Six personnes condamnées à la prison à vie pour actes de terrorisme. Dix-sept autres condamnées à vingt ans de prison ferme.
Le verdict est lourd. Il est juste.
Ce procès avait commencé dans la discrétion et s’achève dans un contexte qui lui donne une résonance inattendue. Il y a deux jours, au Mali voisin, six villes étaient attaquées simultanément par les mêmes types de groupes, issus de la même nébuleuse jihadiste sahélienne qui a revendiqué l’attaque de Kafolo à travers la Katiba Macina, branche d’Al-Qaïda au Sahel. Ce que la Côte d’Ivoire a vécu le 11 juin 2020, Bamako l’a vécu le 25 avril 2026 à une toute autre échelle. Cette synchronicité n’est pas fortuite. Elle dit quelque chose de fondamental sur la nature de la menace à laquelle fait face toute l’Afrique de l’Ouest.
La différence, c’est ce qui se passe après. Quand le Mali est attaqué, ses généraux sont tués chez eux et son président se fait exfiltrer en lieu sûr. Quand la Côte d’Ivoire a été attaquée, elle a enquêté, arrêté, instruit et jugé. Six ans de procédure rigoureuse. Quarante-cinq accusés devant un tribunal. Un procureur qui distingue les responsabilités avec précision — cinq auteurs directs passibles de perpétuité, vingt-six complices logistiques passibles de vingt ans, quatorze impliqués de façon incidente acquittés. Un État de droit qui fonctionne, même face au terrorisme.
Ce n’est pas un détail. C’est l’essentiel.
L’attaque de Kafolo avait été préparée de l’extérieur. Certains assaillants avaient traversé le fleuve Comoé à la nage. D’autres étaient arrivés à moto. Plusieurs membres du commando se trouvaient déjà sur le territoire ivoirien avant l’attaque, hébergés et nourris par des complices locaux — ceux-là mêmes qui ont comparu et ont été condamnés ce lundi. Le chef du commando, Abdourahmane Sidibé, surnommé « Hamza », est toujours en fuite. Il n’a pas comparu. Mais ceux qui l’ont aidé à opérer, eux, ont été jugés.
Ce procès dit plusieurs choses à la fois. Il dit que la Côte d’Ivoire n’a pas abandonné les familles des 14 militaires tués cette nuit-là dans le nord du pays. Il dit que l’État ivoirien traite la menace terroriste non pas comme un sujet à gérer par la communication ou par la répression aveugle, mais comme un problème judiciaire qui mérite une réponse juridique précise, documentée, durable. Et il dit, en creux, quelque chose de plus difficile à entendre pour certains — que la sécurité d’un pays ne se construit pas seulement avec des armes et des mercenaires, mais aussi avec des juges, des procureurs, des avocats et des audiences publiques.
Le commando de Kafolo croyait probablement que ses actes resteraient impunis. Que la Côte d’Ivoire, comme d’autres pays de la région, absorberait le choc et passerait à autre chose. Ce lundi, six de ses membres ont appris qu’ils ne sortiront pas de prison de leur vivant. Dix-sept autres passeront les deux prochaines décennies derrière les barreaux. Ce n’est pas de la vengeance. C’est la justice. Et dans la lutte contre le terrorisme, la justice est souvent l’arme la plus durable.
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