La rédaction | Lementor.net
Samedi 25 avril 2026, à l’aube. Le Mali se réveille sous les bombes.
Bamako, Kati, Kidal, Gao, Sévaré, Mopti — six villes attaquées simultanément dans la nuit. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et le Front de libération de l’Azawad ont lancé l’offensive coordonnée la plus ambitieuse jamais conduite contre la junte au pouvoir. Pas une attaque isolée. Pas un coup de feu perdu dans le désert. Une opération chirurgicale, planifiée, qui visait en même temps les aéroports, les garnisons, les positions stratégiques et les domiciles des dirigeants.
Le ministre de la Défense Sadio Camara est mort chez lui, à Kati. Un camion piégé a pulvérisé sa résidence. Sa seconde femme et deux petits-enfants ont péri avec lui. Sadio Camara n’était pas un visage parmi d’autres dans la junte — c’était l’homme qui avait fait venir les mercenaires russes, celui sans qui le pari de l’Africa Corps n’aurait jamais existé, l’architecte de la stratégie militaire de la transition. Sa mort laisse un vide que personne à Bamako ne sait encore comment combler.
Le général Modibo Koné, directeur de l’Agence nationale de sécurité d’État, a été blessé et opéré d’urgence à la clinique Pasteur de Bamako. Le chef d’état-major général des armées, le général Oumar Diarra, est hospitalisé à Kati dans un état stable. Le Premier ministre n’était pas au Mali. Et Assimi Goïta, dont la résidence se trouve également à Kati, a été exfiltré d’urgence vers un lieu sûr. Depuis, silence total. Aucune allocution, aucune apparition publique, aucun message à la nation.
Un président de transition qui disparaît le jour de la plus grande attaque de son règne. Voilà où en est le Mali ce soir.
À Kidal, la journée de dimanche a apporté un autre coup. Les rebelles touareg du FLA ont annoncé avoir conclu un accord permettant aux soldats russes de l’Africa Corps de se retirer du Camp 2 où ils étaient retranchés. Kidal est désormais sous leur contrôle total. Cette ville avait été reprise par l’armée malienne en novembre 2023 au prix de combats intenses et d’une alliance avec Wagner célébrée comme une victoire historique. Deux ans et demi plus tard, elle repasse dans d’autres mains. L’Africa Corps, pour lequel Bamako a déboursé près d’un milliard de dollars, négocie son retrait avec des rebelles touareg.
Lundi matin, l’aéroport international de Bamako a rouvert après vingt-quatre heures de fermeture. Un retour progressif au calme est observé dans la capitale. Les autorités affirment avoir repris le contrôle. Elles le disent toujours. Ce qui est certain, c’est que des scènes de lynchage d’assaillants ont été signalées dans certains quartiers, que des centaines de combattants présumés ont été arrêtés, et que les combats se poursuivaient encore dimanche soir dans plusieurs localités.
Pour la Côte d’Ivoire, ce qui se passe à moins de 600 kilomètres au nord n’est pas un spectacle lointain. La CEDEAO, dont le Mali a claqué la porte en janvier 2025, a brisé le silence pour condamner les attaques et appeler à l’union régionale. L’ONU et l’Union africaine ont fait de même. Le message est le même partout : le terrorisme ne connaît pas de frontières, et ce qui ronge le Mali aujourd’hui menace la sous-région entière demain. Le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire ont déjà subi des attaques sur leurs marges septentrionales. L’exercice Flintlock organisé à Abidjan ce mois-ci n’était pas une coïncidence.
Ce week-end au Mali n’est pas la fin de quelque chose. C’est peut-être le début d’autre chose de plus grave encore. Quand un État ne contrôle plus son ministre de la Défense vivant dans son QG, quand son chef se fait exfiltrer dans la nuit, quand son principal partenaire militaire négocie son retrait avec l’ennemi, la question n’est plus de savoir si la situation est sous contrôle. La question est de savoir s’il reste encore un État.
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