La Redaction | lementor.net
Deux semaines après les attaques les plus graves que le Mali ait connues depuis 2012, la réponse de Moscou est arrivée par les airs. Un avion cargo transportant au moins 100 militaires russes et du matériel de guerre a atterri à l’aéroport international de Bamako cette semaine, selon un journaliste local dont le témoignage a été relayé par plusieurs médias suivant le conflit. Ce renfort d’Africa Corps, confirmé par des sources concordantes, intervient après le retrait négocié des mercenaires russes de Kidal le 26 avril et la mort du général Sadio Camara, principal architecte du partenariat russo-malien.
Ce déploiement dit plusieurs choses simultanément. La première est que Moscou n’a pas l’intention d’abandonner sa position malienne malgré les revers militaires. Perdre Kidal, voir son hélicoptère Mi-8 abattu à Wabaria, négocier une sortie sous escorte du FLA : tout cela constitue un camouflet opérationnel pour Africa Corps. Mais du point de vue stratégique russe, le Mali reste un actif précieux, une présence militaire sur le sol africain, un accès aux ressources minières du Sahel et une plateforme d’influence dans une région que la France est en train de quitter. Abandonner maintenant, après avoir investi plusieurs centaines de millions de dollars et subi des pertes humaines, ne fait pas partie du calcul de Moscou.
La deuxième chose que ce renfort dit, c’est l’état de la junte malienne. Assimi Goïta, qui a pris personnellement en charge le portefeuille de la Défense après la mort de Camara, a besoin de ses alliés russes plus que jamais. Son apparition publique le 28 avril, après trois jours de silence, n’a pas suffi à restaurer la confiance. La tentative d’attentat contre sa résidence à Kati, dont le plan a été déjoué de justesse selon des sources sécuritaires maliennes, a démontré que les assaillants voulaient la décapitation totale du régime. Goïta gouverne depuis une position de fragilité qu’il ne peut pas se permettre d’afficher publiquement, et le renfort russe lui donne la réassurance militaire dont il a besoin pour tenir dans les prochaines semaines.
La troisième dimension de ce renfort est géopolitique. Le chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop a déclaré ce jeudi que Bamako exclut tout dialogue avec les groupes terroristes et a salué le rôle de la Russie dans la lutte commune contre le terrorisme aux côtés de l’Alliance des États du Sahel. Dans le même discours, il a évoqué des sponsors étatiques du terrorisme sans les nommer explicitement, une formule qui dans le contexte actuel vise au moins deux pays : la Côte d’Ivoire, mise en cause pour les camions d’explosifs traversant sa frontière nord, et l’Ukraine, dont un écusson de renseignement militaire aurait été retrouvé sur un combattant du JNIM tué, selon des sources pro-russes dont lementor.net rappelle qu’elles doivent être traitées avec précaution.
Ce que le retour des Russes ne résout pas, c’est la question stratégique fondamentale. Kidal, Tessalit, Aguel’hoc, Gao, Mopti, Sévaré : ces villes ont été prises, certaines reprises partiellement, mais la capacité du JNIM et du FLA à frapper simultanément sur six fronts le 25 avril a démontré une montée en puissance opérationnelle que 100 soldats supplémentaires ne peuvent pas neutraliser structurellement. L’armée malienne a besoin de réformes profondes, d’une doctrine adaptée à la guerre asymétrique, d’un renseignement humain capable de pénétrer les réseaux jihadistes et d’une légitimité populaire que cinq ans de gouvernance militaire ont considérablement érodée.
Africa Corps peut retarder l’effondrement. Il ne peut pas construire la paix.
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