La Redaction | lementor.net
Le chiffre est éloquent. En 2025, les Ivoiriens de l’extérieur ont transféré 938,8 milliards de francs CFA vers la Côte d’Ivoire. C’est plus d’un milliard et demi de dollars. C’est davantage que plusieurs programmes sectoriels d’aide publique au développement réunis. Et pourtant, selon les données de la Banque mondiale présentées lors du lancement du forum Diaspora For Growth le 7 mai 2026 à Abidjan, entre 60 et 70% de ces flux vont aux aides familiales, entre 15 et 20% à la construction de logements, et seulement 10 à 15% alimentent les investissements productifs. C’est ce gâchis de potentiel que le gouvernement ivoirien a décidé de corriger.
La trajectoire de ces transferts dit d’abord quelque chose sur la résilience de la diaspora ivoirienne. En 2008, les envois de fonds s’élevaient à 99,5 milliards FCFA. En 2023, ils atteignaient 640 milliards. En 2024, 840 milliards. En 2025, 938,8 milliards. Une décennie de croissance continue, portée par plus de 1,2 million d’Ivoiriens répartis dans 140 pays, dont une majorité en France, aux États-Unis, en Italie, en Allemagne et dans les pays voisins africains. Cette communauté a continué à soutenir sa famille, son pays et son économie à travers les crises politiques, les pandémies et les chocs économiques. Elle méritait que l’État lui propose enfin un cadre à la hauteur de sa contribution.
C’est l’ambition du forum Diaspora For Growth 2026, lancé officiellement au Noom Hôtel d’Abidjan-Plateau sous la présidence du ministre de l’Éducation nationale Koffi N’Guessan, représentant la ministre d’État Nialé Kaba. Le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, a résumé le changement de cap en une phrase : nous passons d’une diaspora contributive à une diaspora investisseuse, d’une diaspora solidaire à une diaspora stratégiquement engagée. La formulation est précise. Elle dit exactement ce que le gouvernement veut construire : non plus une relation de solidarité affective entre des expatriés et leurs familles, mais un partenariat économique structuré entre des investisseurs et leur pays d’origine.
Le dispositif proposé est concret et balisé. Un accord a été signé lors de la cérémonie entre le ministère délégué et Coris Bank International, ouvrant des mécanismes de financement dédiés aux projets portés par des membres de la diaspora. Des garanties publiques, des plateformes d’investissement numériques, des incubateurs régionaux et un accompagnement technique seront mis en place pour faciliter le passage de l’intention à la réalisation. Le directeur général du CEPICI, Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire, a introduit une formule qui résume bien la philosophie du projet : la diaspora est la 32ème région de la Côte d’Ivoire. Pas une population extérieure à gérer consulairement. Une région à part entière, avec ses ressources, ses compétences et ses ambitions.
Ce forum d’Abidjan n’est que l’acte de lancement d’une séquence plus longue. Le Roadshow de Milan se tiendra le 6 juin 2026. Le Forum de Paris, point d’orgue de l’initiative, est programmé les 26 et 27 juin au coeur de la plus grande communauté ivoirienne de l’étranger, avec des conférences techniques, des panels thématiques, des ateliers interactifs et un dîner gala. L’objectif est de réunir plus de 1 000 participants, dont 90% issus de la diaspora : entrepreneurs, investisseurs, étudiants, cadres, start-ups, institutions financières et associations.
Les secteurs prioritaires ciblés sont l’agro-industrie, l’énergie, les infrastructures, la santé, le numérique et l’éducation. Ce sont précisément les secteurs dans lesquels la diaspora ivoirienne dispose à la fois de compétences accumulées à l’étranger et d’une connaissance intime des réalités locales que les investisseurs étrangers n’ont pas. C’est cette combinaison unique qui fait de la diaspora un acteur irremplaçable dans la transformation structurelle de l’économie ivoirienne.
Il reste un défi que le forum doit aussi adresser : la confiance. Beaucoup d’Ivoiriens de l’extérieur qui ont tenté d’investir au pays ont été confrontés aux lenteurs administratives, aux complications foncières, aux problèmes de gouvernance locale et au manque de protection juridique de leurs investissements. Le gouvernement a annoncé des réformes dans le cadre du PND 2026-2030 : modernisation du code des investissements, digitalisation des services consulaires et administratifs, amélioration du climat des affaires. Ces réformes sont nécessaires. Elles seront le vrai test de la sincérité de cette invitation.
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