La Redaction | lementor.net
Il y a la Coupe du monde des équipes. Et il y a la Coupe du monde des peuples. La première se jouera du 11 juin au 19 juillet 2026 dans les stades des États-Unis, du Canada et du Mexique. La seconde est en train d’être annulée par une politique de visa américaine dont les conséquences sur les délégations et les supporters africains sont d’une gravité croissante.
Les faits sont documentés et sérieux. Plusieurs membres clés de la Fédération sénégalaise de football se sont vu refuser leurs visas par l’ambassade américaine à Dakar. Le nombre de refus, initialement annoncé à six, serait grimpé à huit selon des rapports récents. Ces officiels, accrédités pour accompagner une sélection nationale qualifiée pour le tournoi planétaire organisé par la FIFA, n’ont pas le droit d’entrer sur le territoire américain. La FIFA a certes précisé que les athlètes et le personnel de soutien nécessaire sont exemptés d’une suspension générale de visa, mais cette nuance, dans les faits, crée des obstacles majeurs que les délégations africaines peinent à surmonter.
Pour les supporters, la situation est encore plus sombre. L’administration Trump a imposé depuis début 2026 une caution pouvant atteindre 15 000 dollars pour les demandeurs de visas touristiques en provenance de cinquante pays ciblés, dont une majorité de pays africains. Cette somme, remboursable si le voyageur quitte le territoire dans les délais, est un obstacle financier colossal pour la quasi-totalité des supporters africains qui rêvent d’assister à un Mondial organisé pour la première fois au nord du continent américain.
Pour la Côte d’Ivoire, dont les Éléphants entrent en lice le 15 juin à Philadelphie face à l’Équateur, cette politique signifie concrètement que la grande majorité des supporters ivoiriens désireux de faire le déplacement aux États-Unis seront simplement empêchés de le faire par une barrière financière administrative. Dans le groupe E, face à l’Équateur et surtout face à l’Allemagne, l’ambiance des tribunes peut peser dans les moments de pression. L’absence d’un contingent massif de supporters ivoiriens et africains dans les stades américains sera une réalité sportive autant qu’une injustice diplomatique.
Le paradoxe est saisissant. La Coupe du monde 2026 est la plus inclusive de l’histoire avec 48 équipes, dont dix africaines. Jamais autant de nations du continent n’ont été représentées dans un Mondial. Et c’est précisément ce Mondial-là, celui de la plus grande représentation africaine, qui se déroule dans le pays qui a choisi de fermer le plus hermétiquement ses frontières aux citoyens africains.
La FIFA doit prendre ses responsabilités sur ce dossier. Une Coupe du monde dont les supporters africains sont structurellement exclus par des politiques migratoires discriminatoires n’est pas une Coupe du monde universelle. C’est une compétition à deux vitesses : celle des équipes qui jouent et celle des peuples qui regardent de loin sur un écran.
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